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Billets d'Afrique 195 - octobre 2010

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Billets d'Afrique 195 - octobre 2010

Édito

La guerre des sables

7 octobre 2010 par Odile Tobner

L’enlèvement, revendiqué par un groupe d’Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique), de sept otages, dont cinq Français, à Arlit au Niger, sur le site d’exploitation minière de la société française Areva, est un pas important franchi dans les hostilités qui ont pour théâtre la partie désertique de l’Afrique subsaharienne...

Il y a une longue liste d’enlèvements (lire page 5) d’Européens en Mauritanie, au Mali, au Niger depuis quelques années. Quatre membres d’une famille française, les Tollet, le Britannique Edwin Dyer et le Français Michel Germaneau ont été tués. Viser des touristes dans le désert ou des Européens isolés dans des localités de brousse est un objectif facile, à la portée du premier bandit venu. Le coup de main sur le site d’Areva est d’une toute autre dimension et sa signification est redoutable.

Il faut rappeler que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale le tiers monde paie au prix fort les enjeux impérialistes dans le monde. Les deux grandes puissances, Occident et Union soviétique, ne se sont respectées dans l’équilibre de la terreur que pour mieux se combattre dans les guerres de décolonisation. Le ravage du Viet Nam, avec ses millions de morts et les conséquences durablement mortelles des armes chimiques, a tragiquement illustré cet affrontement. Depuis la chute de l’Empire soviétique l’Occident continue avec les pays du Sud la guerre pour les ressources et pour le contrôle économique. Cette guerre peut être directe : les deux guerres d’Irak sont liées à l’exploitation du pétrole. Elle peut aussi se faire indirectement : de terribles conflits locaux, particulièrement en Afrique, au Soudan et dans l’Est de la République Démocratique du Congo (lire page 6), sont nourris par la compétition pour l’exploitation des richesses.

La Françafrique n’est qu’un compartiment de cette guerre de domination qui se perpétue dans ses métamorphoses. Le système françafricain a fonctionné imperturbablement, peut-on dire, dans l’ex-empire colonial. L’élimination de toute contestation est encore assurée assez facilement par les dictateurs locaux, au profit de la continuité de l’exploitation. Avec l’assaut sur un site d’Aréva, la puissance française se trouve mise en cause directement. C’est la conséquence tout à fait prévisible du néocolonialisme. Si la décolonisation avait eu lieu, Areva Niger, ci-devant Cogema, serait une compagnie nigérienne, dirigée et encadrée par des Nigériens. Elle aurait développé sur place la technologie de transformation du minerai en uranium. Le Niger exporterait dans le monde entier en son nom propre, son économie serait florissante, ses habitants jouiraient d’un niveau de vie suffisant. On est loin du compte.

Comment, dans le ramassis de miséreux qui forme la majeure partie des habitants du Niger, ne recruterait-on pas des combattants, à défaut d’avoir produit des ingénieurs ? La domination occidentale pourrait bien s’enliser dans les sables. Qui peut contrôler le Sahara sinon ses habitants ?

Faudra-t-il les exterminer tous – selon le programme préconisé par le Kurtz de Joseph Conrad – pour pouvoir continuer à exploiter en paix ? L’hypothèse est loin d’être impensable. Elle a toujours été dans la logique coloniale de la force et rien d’autre.

En attendant il n’y a plus de tourisme au Sahara. Finis les parcours de méditation dans l’immensité des sables qui étaient aussi, blague à part, une ouverture vers des relations enfin humaines. Ce n’est pas bien grave. Quant à l’exploitation, à laquelle il n’est pas question de renoncer, elle devra se faire sous contrôle militaire, ce qui suffit amplement à dire sa nature.

Qu’avons-nous à faire des discours parasites, tout ce caquetage qui noie la réalité !


195 - octobre 2010
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