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Un Rwandais révèle l’agenda du génocide des Tutsis

Publié le 3 octobre 2010 par Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Dans un livre d’entretiens conduit par le journaliste Jean-François Dupaquier, l’ex-espion rwandais Richard Mugenzi, raconte comment un groupe d’officiers extrémistes hutus avait méticuleusement préparé, à partir de 1992, la destruction des Tutsis du Rwanda

Par-delà le terrible bilan humain du génocide des Tutsis et du massacre politique des Hutus démocrates au Rwanda en 1994 (environ un million de tués), les polémiques n’ont cessé d’enfler.

On compte deux principaux sujets de discorde. Le premier porte sur l’identité de ceux qui ont abattu l’avion Falcon 50 du président Habyarimana, le 6 avril 1994, attentat qui a servi de déclencheur à l’extermination des Tutsis du Rwanda.

Le second tourne autour de la qualification même de génocide. Entre les tenants de la thèse du « double génocide » et ceux qui incriminent une « colère populaire spontanée, incontrôlable », la galaxie négationniste est large et le débat souvent virulent.

Le nouveau livre de Jean-François Dupaquier, « L’agenda du génocide » risque de bousculer nombre d’idées reçues et d’affirmations péremptoires car il apporte une série de révélations sur les deux sujets de discorde. Le journaliste a conduit une longue interview de Richard Mugenzi, ex-espion rwandais, qui se trouvait au coeur du « dispositif génocidaire ».

Installé dès 1990 dans le centre militaire secret de Butotori, à l’extrême nord-ouest du Rwanda, Richard Mugenzi est chargé d’écouter les communications radio des rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), mais surtout de distiller un flot de fausses interceptions radio pour discréditer la rébellion et pour radicaliser les Forces armées rwandaises (FAR) qui peinent à contenir la poussée rebelle.

Richard Mugenzi a été formé par des militaires français de « l’Opération Noroît » expédiés au Rwanda par le président François Mitterrand pour consolider le régime de son ami Habyarimana.

Le rôle de ces forces spéciales françaises demeure, jusqu’aujourd’hui plutôt obscur, mais les révélations (fragmentaires) de Richard Mugenzi ne feront pas plaisir à certains gradés français. Le pire est constitué par les quatre faux télégrammes du 7 avril 1994 dans lesquels le FPR « revendique » l’attentat contre H a b y a r i m a n a .

Richard Mugenzi révèle qu’il s’agissait de faux grossiers. A l’issue de ses explications, le lecteur s’interroge sur la naïveté de l’équipe du juge Jean-Louis Bruguière, qui avait fait de ces télégrammes truqués l’alpha et l’oméga d’une instruction à charge contre le FPR.

Mais « L’Agenda du génocide » est un livre qui pose bien d’autres questions. En le refermant, on mesure avec inquiétude à quel point les opinions publiques, aussi bien en France qu’au Rwanda, ont été désinformées sur l’enjeu de la guerre civile rwandaise.

Et sur ses conséquences calamiteuses : le régime de François Mitterrand est plus que jamais accusé d’avoir soufflé sur les braises de l’un des trois génocides du XXe siècle, ce n’est pas rien…

L’Agenda du génocide. La déclaration de Richard Mugenzi, ex-espion rwandais. Ed. Karthala, Paris, 29 euros.

Mort d’un témoin

Abdul Ruzibiza, témoin clé dans « l‘enquête » Bruguière sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana en 1994 est décédé en exil en Norvège. Il avait accusé le FPR d’avoir perpétré l’attentat et s’était rétracté par la suite. Un avocat des personnalités mises en examen par Bruguière a demandé aux autorités norvégiennes des précisions sur sa mort pour savoir « si c’est un décès naturel ». « Je n’avais eu aucun écho d’une maladie qui le frappait », a ajouté l’avocat. Ruzibiza avait de nouveau été entendu par le juge Trévidic et, selon des extraits de cette audition publiés par Marianne, il aurait alors affirmé être revenu sur ses accusations en raison d’intimidations du régime rwandais. Me Maingain estime que la publication de ces extraits est une « manipulation ». Avec le décès de Ruzibiza, « nous perdons quelqu’un qui pouvait donner des explications très intéressantes sur les manipulations de l’enquête à l’époque Bruguière ».

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