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Billets d'Afrique 198 - Janvier 2011

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Édito

Côte d’Ivoire : du faux miracle au vrai chaos

S’il est bien une idée fausse, resassée par les médias à propos de la Côte d’Ivoire, c’est celle du « miracle ivoirien » c’est à dire la période des 30 premières années de l’Indépendance sous le règne d’Houphouët Boigny, qui aurait été une période faste.

Il faut examiner en effet à quel point Houphouët a été une malédiction pour la Côte d’Ivoire, on comprendra alors le chaos actuel, qui en est la conséquence directe. On peut dire que, pendant cette période, l’argent a certes coulé à flot mais qu’il n’en est résulté aucun développement. C’est cette conjonction vicieuse qui constitue le cas de figure exemplaire d’un système pervers. La prospérité a été entièrement détournée d’une part par une classe dirigeante qui s’est enrichie de façon indécente – la fortune personnelle d’Houphouët est certainement l’une des plus gigantesques et des plus scandaleuses d’Afrique – d’autre part par les entreprises françaises, qui forment l’essentiel du tissu économique et rapatrient 90 % de leurs bénéfices.

Ces dizaines d’années d’enrichissement ont laissé la Côte d’Ivoire elle-même dans une économie d’agriculture intensive. Houphouët se contentait de faire venir des pays voisins des masses de travailleurs pour exploiter à bon compte les plantations d’ananas, de café et de cacao. Se bornant à recueillir cette rente, il n’a guère essayé de diversifier l’économie, ni surtout de procurer à la Côte d’Ivoire un tant soit peu d’indépendance à l’égard des importations, seule amorce pour un véritable développement. La prospérité en trompe l’oeil, dont les Ivoiriens n’ont jamais recueilli que les miettes, entièrement dépendante du cours de quelques matières premières agricoles, a vite fondu, laissant la Côte d’Ivoire aux griffes des institutions financières internationales et dépourvue d’emplois. L’état de la Côte d’Ivoire après la disparition d’Houphouët, bien loin de montrer rétrospectivement une quelconque efficacité de sa gestion, comme certains le répètent à l’envi, est la preuve même de sa nocivité dans l’absence de toute vision à long terme du développement de son pays.

Politiquement, l’échec d’Houphouët est encore plus patent. Son régime, sous des dehors paternes, s’est montré férocement répressif contre toute contestation. Les problèmes sociaux et politiques engendrés par son aveuglement devant la réalité ivoirienne vont exploser après sa disparition.

Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale, succède constitutionnellement à Houphouët, mort en décembre 1993, alors qu’Alassane Ouattara, premier ministre, était la véritable tête de la Côte d’Ivoire depuis 1990 avec la dégradation de l’état de santé d’Houphouët. Bédié, pour se débarrasser de son rival Ouattara, promeut en décembre 1994 une loi électorale qui instaure la notion d’« Ivoirité ». L’élection présidentielle de 1995, boycottée par les principaux candidats, et précédée par de violentes manifestations qui font de nombreuses victimes, est remportée à 96 % par Bédié.

Le 24 décembre 1999, un coup d’Etat militaire chasse Bédié du pouvoir. Le général Gueï prend la tête du Conseil national de salut public. Il propose au référendum une constitution qui reconduit les dispositions de l’Ivoirité, adoptée à 82 %. Il se présente à l’élection présidentielle d’octobre alors que les candidatures de Bédié et de Ouattara sont récusées. Laurent Gbagbo entre alors en scène. Ses partisans descendent dans la rue pour revendiquer la victoire électorale. On est parti pour dix années de troubles avec, à partir de 2002, la partition de la Côte d’Ivoire, dont le nord est occupée par la rébellion militaire des Forces nouvelles.


198 - Janvier 2011
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