Coopération : nouveau ministre, même politique ?
Le remaniement ministériel de novembre dernier a ressuscité le ministère de la Coopération. Un mois et demi nous auront suffi pour établir la fiche de poste de son nouvel occupant, Henri de Raincourt.
Un mini-scandale autour de l’obtention illégale d’un permis de construire avait contraint le secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet à démissionner, début juillet 2010. Il n’avait pas été remplacé, ses attributions et ses collaborateurs passant directement sous la houlette de Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères.
Avec le remaniement de mi-novembre, on a vu réapparaître une fonction de ministre de la Coopération, sous tutelle de la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Elle est occupée par Henri de Raincourt, ex-ministre des relations avec le Parlement dans le précédent gouvernement et, encore avant, ex-président du groupe UMP au Sénat.
Compétences recherchées : aucune
Alain Joyandet avait admis ne rien connaître à l’Afrique lors de sa nomination. L’analyse de l’activité parlementaire de son successeur ces cinq dernières années indique que, à part sa participation à la Commission des Finances du Sénat, où il voyait a priori passer les grilles budgétaires de l’aide au développement et des opérations militaires extérieures, il ne semble avoir aucune attirance ni compétence pour les questions dont il a maintenant la responsabilité.
On trouve certes une proposition de résolution déposée au Sénat en octobre 2005, demandant la création d’une commission d’enquête sur l’immigration clandestine, dont l’exposé des motifs fait l’éloge d’« une politique volontariste et décomplexée : une immigration choisie par un contrôle rigoureux des entrées étant le légitime pendant des mesures tendant à une intégration réussie ».
Les demandeurs de visas et les sans-papiers apprécieront.
Mission : développer la coopération-business
Comme son prédécesseur, Henri de Raincourt ne perd pas de vue que la coopération peut ouvrir des marchés aux entreprises, notamment grâce aux partenariats public-privé qu’il défend : « Il ne faut donc pas s’enfermer dans des stéréotypes. Il faut au contraire ouvrir toutes les possibilités pour financer le développement qui est une nécessité absolue pour l’Afrique, qui je le rappelle, a aujourd’hui 800 millions d’habitants et qui en aura 2 milliards en 2050 » (RFI, 23 décembre).
On reconnaît là le résultat d’une
formation efficace par son directeur
de cabinet, qui n’est autre que Luc
Rigouzzo, qui était jusqu’alors
directeur général de la PROPARCO,
la filiale de l’AFD spécialisée sur
l’investissement privé.
Celui-ci déclarait le 22 octobre dernier à Genève : « L’Afrique est aujourd’hui dans la même dynamique que la Chine il y a vingt ans. Une classe de consommateurs solvables est en train d’émerger. Il faut cesser de voir l’Afrique comme un simple réservoir de ressources naturelles, car le potentiel de ce continent, c’est la population africaine elle-même. Avant 2040, un sixième des Africains disposeront d’un pouvoir d’achat annuel supérieur à 1 700 milliards de dollars ».
Conditions : fréquents voyages en Françafrique
Enfin, comme son prédécesseur, de Raincourt se contrefiche pas mal du respect des Droits humains et de la démocratie par les chefs d’État avec lesquels il s’affiche tout sourire. Son premier voyage officiel en Afrique a ainsi été à Bangui, pour le cinquantenaire de l’indépendance de la Centrafrique le 1er décembre. Après avoir été reçu par François Bozizé, qui s’apprête à organiser des élections sur mesure pour ne pas lâcher son fauteuil de président-dictateur, il a blanchi ce dernier dans ses déclarations à la presse : « Il y a une Commission électorale indépendante (CEI), les dates des élections sont connues, le nombre des candidats est à peu près connu, je crois aussi. Et donc, il me semble qu’une campagne électorale comme elle se déroule en France, aux Etats-Unis ou partout ailleurs où la démocratie est le système politique en vigueur, peut maintenant s’engager ».
Son deuxième voyage a été au Burkina Faso, du 10 au 12 décembre, là aussi pour les commémorations du cinquantenaire de l’Indépendance. La rencontre avec le président-dictateur a cette fois eu lieu après l’élection présidentielle, puisque c’est en novembre dernier que Blaise Compaoré s’est bricolé un score soviétique de 80% (Billets d’Afrique n°197, décembre 2010).
C’est pendant ce voyage, la veille du 12ème anniversaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons, une date symbolique pour toutes les forces progressistes burkinabé, qu’il s’est permis de donner des leçons de démocratie à Laurent Gbagbo.
Il aura fallu attendre l’investiture du président guinéen nouvellement élu, le 21 décembre, pour offrir au nouveau ministre l’occasion d’un voyage moins françafricain (Alpha Condé, qui a remporté l’élection présidentielle avec 52% des voix, n’était a priori pas le candidat auquel l’Elysée était le plus favorable...), même si on imagine mal son directeur de cabinet ne pas profiter de ce passage à Conakry pour s’affairer au profit des entreprises françaises.
Déformation professionnelle.
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