La Tunisie avant la profusion d’envoyés spéciaux sur le terrain
La tentative du régime d’assassiner à l’arme à feu le journaliste du Monde diplomatique, Riadh Ben Fadhl, en 2000 et le tabassage à Tunis de Christophe Boltanski de Libération en 2005 avaient échaudé la profession.
Par ailleurs, au fil des années les services du président Zine el-Abidine Ben Ali avait associé à la répression politique, un vrai désir de contrôler l’information.
Pour qu’un journaliste français enquête en Tunisie, il lui fallait obtenir une autorisation de la fameuse agence de communication extérieure. Avec ce laissez-passer, les journalistes n’étaient pas libres pour autant puisque la police en civil les suivait en permanence.
Ainsi ces cinq dernières années, sur le terrain mis à part une poignée de reporters et d’universitaires courageux, ils n’étaient pas nombreux relayer les dessous obscurs du « miracle économique tunisien ». Fruit d’un long travail, le journaliste tunisien, Kamel Libidi, dévoilait, en 2006, dans le Monde diplo, la longue descente aux enfers de la Tunisie.
Cependant, que cela soit lors des émeutes de Gafsa en 2008 ou pendant l’épisode judiciaire du journaliste de la presse spécialisée française étaient rédigés depuis l’hexagone. « Sidi Bouzid, un tas de villages assemblés autour d’une artère de 3 kilomètres est si moche qu’on a envie de se flinguer à chaque matin que le bon seigneur nous ramène » écrivait ce même Ben Brick.
Le 17 décembre, l’acte désespéré de Mohamed Bouzizi provoque une détonation. A cette époque, les dépêches de l’AFP et de l’Associated Press constituent quasiment l’unique source d’information de la presse française. De ce qui se déroule vraiment dans le centre de la Tunisie, on sait finalement assez peu de choses.
Donc pour savoir, il faut y aller. Fin décembre, je me rends pour y rencontrer des chefs de file de la contestation, qu’ils soient enseignants, avocats ou journalistes. Le 6 janvier, la police présidentielle m’arrêtera brutalement à Kairouan, à quelques kilomètres de Sidi Bouzid.
Jusque là, les services de Ben Ali n’étaient pas parvenus à faire le lien entre moi et les reportages qui apparaissaient dans la presse française. J’étais passé inaperçu alors que mon travail ne s’est pas cantonné à interroger les passants sur l’avenue Bourguiba et que j’étais en contact avec des militants très surveillés.
J’ai juste fait en sorte de m’habiller local, le bonnet rivet sur la tête, me déplacant à pied, dormant dans les hôtels les plus bas de gamme de Tunis et côtoyant beaucoup d’algériens en transit vers la Lybie. La police ne me cherchait vraiment pas là. Très amère, elle m’obligera à quitter le territoire dès le lendemain. Des lors, très réactif, les responsables de l’ambassade de France ont constitué un soutien précieux.
Aux alentours du 10 janvier 2010, Camille Estève, envoyée spéciale du Journal du Dimanche, sera le premier journaliste française à se rendre à Sidi Bouzid.
Une semaine plus tard, la fuite de Ben Ali signera la fin de l’agence de communication extérieure et donc, l’arrivée massive de journalistes venu suivre la « révolution de Jasmin ».
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