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Les voix étouffées des Sahraouis

Publié le 3 mai 2011 par Noël Surgé

Au deuxième jour d’activités du Forum social mondial de Dakar début février, l’ambiance était particulièrement tendue. La délégation sahraouie, venue pour parler de sa lutte au sein de cet espace unique de débat et de rencontres avait fait l’objet de multiples pressions de la part d’une étrange délégation marocaine.

D’abord lors de la marche d’ouverture le 6 février, où de nombreux marocains ont défilé devant les Sahraouis en les narguant. Insultes et bousculades ont émaillé le parcours. Le lendemain, les mêmes provocations ont conduit à l’annulation de l’atelier « Sahara occidental, dernière colonie d’Afrique ».

Deux Français, proches des Sahraouis, ont également été agressés et volés. D’après Bachir Moutik, représentant en France de l’Association des familles des prisonniers et disparus Sahraouis, le gouvernement marocain aurait mobilisé et pris en charge des centaines de personnes afin de provoquer, agresser les Sahraouis et de les empêcher de s’exprimer.

Le Sahara occidental constitue un des derniers cas (officiels) de décolonisation inachevé. En 1976, l’Espagne se retire du Sahara occidental, territoire aride mais riche en phosphates, gaz et ressources halieutiques que revendique le Maroc, la Mauritanie et dans une moindre mesure l’Algérie. A l’issue de la fameuse « Marche verte » orchestrée par Hassan II, le Sahara occidental passe sous tutelle marocaine.

Depuis lors, la lutte d’indépendance, menée essentiellement par le Front polisario a trouvé un allié intéressé en l’Algérie. Le Maroc, gestionnaire et bénéficiaire des richesses du Sahara occidental est quant à lui soutenu aveuglément par l’allié de toujours, la France, qui y voit un partenaire commercial essentiel.

Hors du cadre de la lutte armée pour l’indépendance du Front polisario, la population sahraouie subit de nombreuses exactions : meurtres, viols et tortures, les cas sont légion et la justice inexistante. C’est de cela dont ils venaient témoigner au Forum social mondial !

Le jeudi 10 février, l’université Cheick Anta Diop qui accueillait le forum a vu défiler les Sahraouis et de nombreux soutiens du monde entier, dans une marche silencieuse pour dénoncer les tentatives marocaines de les réduire au silence. A l’arrière, des Marocains marchaient pour réclamer justice pour les Marocains victimes d’expulsions arbitraires d’Algérie en 1975. Chaque camp défendant ses victimes et sa justice, dans une opposition désespérante.

La délégation marocaine, manifestement envoyée pour museler le débat sur le Sahara occidental, a heureusement été contrebalancé par de vrais militants altermondialistes marocains. De plus, leurs actions délétères ont généré un élan de sympathie envers les Sahraouis de nombreux militants de par le monde. Un bien mauvais calcul !

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