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Wikileaks - Djibouti : La France a-t-elle des prétentions territoriales en mer Rouge ?

Publié le 7 novembre 2011 par Rafik Houra

C’est ce que révèle l’examen des câbles diplomatiques américains divulgués par Wikileaks. La France n’aurait pas renoncé à sa revendication sur l’île de Doumeira ! De quoi expliquer, outre l’affaire Borrel, les tensions entre Paris et Omar Guelleh.

Selon l’accord de défense conclu à son indépendance en 1977, les militaires français ont l’obligation de défendre l’intégrité territoriale de Djibouti.

A lire les télégrammes de la diplomatie américaine, il apparaît que les Français sont très mal à l’aise avec cet aspect des accords de défense avec les pays du pré-carré. Ce serait en fait la principale raison de leur révision – imminente dans le cas de Djibouti, (le Somaliland français comme disent les Américains), surtout dans un contexte de conflit frontalier avec l’Érythrée. Ces nouveaux accords imiteront-ils le programme de coopération américain ? Celui-ci ne prévoit en effet aucun engagement militaire en faveur du pays hôte mais seulement une meilleure surveillance des frontières.

Malgré les rencontres hebdomadaires entre le commandant de la base française et l’ambassade américaine à Djibouti (04DJIBOUTI869, 04DJIBOUTI1212), la cohabitation n’est pas toujours simple : « la présence des Chinois, Libyens, Russes, Français et autres nations, avec une longue histoire d’opérations d’espionnage, est un indicateur clair que la probabilité du lancement d’une telle attaque est plus grande que jamais » (04DJIBOUTI291->http://www.cablegatesearch.net/cabl...).

Rappelons qu’en avril 2008, un incident frontalier meurtrier éclate entre Djibouti et l’Érythrée. Officiellement, les militaires français se sont contentés d’un soutien logistique avec près d’une centaine de légionnaires contrairement à 1996 où ils avaient fait le coup de feu, à la suite, déjà, d’une incursion érythréenne en territoire djiboutien. L’Érythrée avait brandi une carte italienne de 1935 incluant la région de Ras Doumeira dans ses frontières. En effet, l’accord « Laval-Mussolini », signé à Rome en janvier 1935 prévoyait de céder cette région aux Italiens. Bien que ratifié par le parlement français, il a avorté puisque jamais soumis aux parlementaires italiens. L’accord reconnaissait la souveraineté italienne sur la péninsule de Ras Doumeira et sur l’île de Doumeira, dans le détroit de Bab el Mandeb, c’est-à-dire l’entrée sud de la mer Rouge.

En échange, l’Italie renonçait secrètement à fortifier l’île ainsi qu’à ses prétentions sur le chemin de fer Djibouti- Addis Abeba. L’Erythrée et Djibouti ont donc hérité d’un conflit frontalier franco- italien jamais tranché et ravivé par le fait que l’approvisionnement de l’ennemi éthiopien passe par le port de Djibouti.

Mais le plus détonant tient en quelques lignes du câble 08STATE62585 du Département d’État américain : « La France a un traité de défense mutuelle avec Djibouti et est préoccupée par l’agression érythréenne et son obligation de défendre Djibouti qu’elle pourrait déclencher selon ce traité. La France prétend aussi ne pas avoir renoncé à sa revendication sur l’île de Doumeira, une revendication au mieux légalement ténue. En raison de ces préoccupations, la France tente de résoudre la situation discrètement, sans l’implication du Conseil [de Sécurité de l’ONU]. » Au grand dam des autorités djiboutiennes, et malgré la persistance du conflit territorial et l’entêtement érythréen à refuser toute négociation, la France a effectivement toujours traîné des pieds pour s’engager sur le terrain tout comme dans les projets de résolution onusienne.

La dernière résolution, adoptée en décembre 2009, soutenue par l’Union africaine et l’administration américaine plus que par les Français, impose un embargo et des sanctions à l’Erythrée.

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La souveraineté de Djibouti sur le Ras Doumeira et l’île de Doumeira

Malgré son adoption, et peut-être informée d’une revendication secrète de la France sur l’île de Doumeira, le ministère des Affaires étrangères djiboutien a distribué en février 2010 une brochure intitulée « La souveraineté de Djibouti sur le Ras Doumeira et l’île de Doumeira ». Devant les Américains, la diplomatie djiboutienne s’en prend vertement à la France : « La France a, depuis le début de la crise, joué un rôle extrêmement négatif au détriment des intérêts vitaux de la République de Djibouti à Ras Doumeira et sur l’île de Doumeira. [...] Cette attitude incompréhensible de la France, allié historique et soutient prétendument indéfectible de la République de Djibouti dans de telles circonstances, a profondément déçu le gouvernement et le peuple de Djibouti et risque d’affecter de façon irrémédiable des intérêts commun des deux pays » (10DJIBOUTI203).

Le commentateur américain est plutôt compréhensif de l’ire djiboutienne : « Cette publication révèle simplement ce que les officiels djiboutiens disent en privé quasiment depuis le début de la dispute frontalière avec l’Erythrée : que les militaires français se sont manifestés seulement après que les combats se sont arrêtés et que la diplomatie française a retardé et affaibli à plusieurs reprises l’action du Conseil de sécurité. Il est tout à fait inhabituel que les Djiboutiens critiquent si ouvertement les Français, mais ça reflète la déception bien réelle du gouvernement djiboutien sur le comportement de leur allié historique le plus proche sur une question de sécurité nationale centrale pour Djibouti. »

En moins d’une décennie, Djibouti est devenu un véritable hub militaire international. A la présence française héritée de l’époque coloniale, s’ajoute une base américaine depuis 2003 et une base japonaise inaugurée en juin. Sans compter les militaires européens de l’opération Atalante et les sociétés militaires privées qui luttent contre la piraterie.

Le loyer de la base militaire française est de 30 millions d’euros (5 millions d’euros d’équipement militaire et 25 millions d’euros « cash », (câble 05DJIBOUTI597), auxquels il faut ajou­ter l’aide bilatérale.

Ainsi, pour améliorer ses relations avec Djibouti – fortement chahutées par l’affaire Borrel –, Paris a accordé un programme d’aide de 76 millions d’euros sur la période 2006- 2010 (06DJIBOUTI338). La France est ainsi la principale source de revenus de l’Etat djiboutien (08DJIBOUTI27).

Dans le même câble (06PARIS6177), le M. Afrique de Chirac confirme que l’homme de la France est un dictateur : « Bonnecorse insistait sur la nécessité de travailler avec le président Guelleh qui détient 99% du pouvoir ».

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