Paul Quilès nous écrit
L’ancien directeur de campagne de François Mitterrand, ministre de la Défense (1985 – 1986) ministre de l’Intérieur (1992 – 1993) et président de la mission parlementaire d’information sur le Rwanda en 1998 nous adresse ce droit de réponse.
Je connais vos positions concernant le génocide du Rwanda et je n’ai pas la prétention de vous faire changer d’avis. Par contre, certaines déformations de l’Histoire que vous pratiquez ne contribuent pas à renforcer vos arguments. C’est ainsi que je lis dans le Billet [ndlr n°212, avril 2012, « Dix-huit ans après le génocide, la France toujours complice »] :
« Peut-on alors croire que Barril est un mercenaire qui travaille pour son propre compte ? N’est-il pas plutôt un « corsaire de la République », avec lettres de marque signées des plus hautes autorités ? Est-ce pour cela qu’il est intervenu en permanence dans l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 ? Est-ce la raison pour laquelle Paul Quilès a soigneusement évité de le convoquer devant la Mission d’information parlementaire qu’il présidait en 1998 ? »
Afin de vous éviter de répéter un mensonge -ce qui n’en fera pas une vérité- voici les faits, que vous devriez connaître, car ce n’est pas la première fois que j’en parle.
J’ai écrit à Barril le 8 septembre 1998 pour lui demander la « boîte noire » et les photos satellite de la frontière entre le Rwanda et l’Ouganda montrant des camions pénétrant au Rwanda par la force, qu’il s’était vanté de détenir à la télévision (le 28 juin 1994). Je n’ai rien obtenu de sa part....
Je l’ai relancé le 2 décembre 1998 en le convoquant (en application de l’article 5 bis de l’ordonnance 58-1100 du 17 novembre 1958) pour être auditionné par la Mission le mercredi 9 décembre, notamment au sujet d’un contrat avec le gouvernement rwandais, dont il aurait été bénéficiaire pour un montant de 1,2 million de dollars. Il m’a répondu le 7 décembre qu’il était aux Etats-Unis et qu’il ne pouvait pas venir, ajoutant quelques remarques peu aimables en direction de la Mission !
Vous trouverez les détails concernant les « activités » de Barril, telles qu’elles sont consignées dans le rapport de la mission parlementaire, qui est public.Comme vous pourrez le constater, non seulement Barril a été convoqué mais il n’a pas été l’objet d’une quelconque sollicitude de notre part.
Dont acte. Nous avons eu tort d’affirmer que Quilès a « soigneusement évité de le convoquer ». Il est à noter cependant que Paul Barril n’a été convoqué qu’in extremis devant la Mission parlementaire, dans des délais qui font douter d’une réelle volonté d’exploiter les informations qu’auraient pu apporter Barril : celui-ci fut convoqué le 2 décembre 1998 pour être entendu le 9, alors que la Mission rendait public son rapport le 15...
Par ailleurs, les responsables politiques de l’époque avaient volontairement fait le choix de ne réaliser qu’une simple Mission d’information parlementaire, plutôt qu’une Commission d’enquête parlementaire où toute personne est alors obligée de déférer à une convocation. Il n’en demeure pas moins extravagant que Paul Barril n’ait pas été interrogé.
Le chercheur Gérard Prunier avait pourtant écrit dès 1995 dans son ouvrage The Rwanda Crisis. History of a Genocide, traduit en français à la fin de l’année 1997 : « [...] on peut supposer que Paul Barril connaît les hommes qui ont abattu l’avion et leurs commanditaires ».
Le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, pour sa part, écrivait dans Le Figaro du 31 mars 1998 : « Quel rôle joue donc le capitaine Barril ? Comment expliquer qu’un simple citoyen puisse se targuer d’avoir « mis une tête à prix » [celle de Paul Kagame] ? Comment se fait- il qu’un des « proches » du capitaine Barril puisse être soupçonné d’avoir tenté de se procurer deux missiles ? Et si cela était avéré, à quelles fins ? Sur instruction de qui ? Dans quel intérêt ? ... Toutes questions sur lesquelles la mission d’information parlementaire devra bien se pencher. » Ce qu’elle ne fit pas, se contentant de reproduire les éléments d’information apportés par Patrick de Saint-Exupéry, sans commentaire et avec le conditionnel de rigueur.
Mieux valait prétendre que Barril était un « clown », comme M. Quilès l’a dit à deux adhérents de Survie lors d’un colloque à Strasbourg les 20 et 21 novembre 1998.
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