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Billets d'Afrique 215 - juillet-août 2012

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Édito

Au pied du mur

La politique africaine de la France va changer : air connu, déjà entonné par Sarkozy avant son élection à la magistrature suprême. Reconnaissance implicite de la malfaisance de cette politique, ces bonnes résolutions à répétition rappellent celles des accros au tabac ou autres drogues : demain j’arrête. On connaît le sort de ce genre de proclamations.

Ainsi le mandat de Sarkozy s’acheva dans le sang versé par l’armée française en Côte-d’Ivoire pour installer un ami de la France.

C’est que la France est accro à l’Afrique, à ses ressources naturelles, à ses matières premières à vil prix, à ses plantations où s’échinent des cohortes d’esclaves : sans l’Afrique, quelles carrières pour nos militaires ? Sans la zone franc, quels bénéfices pour nos banques ? C’est en Afrique que les multinationales françaises réalisent leurs plus gros bénéfices, grâce au maintien d’un impitoyable statu quo politique et social, financé par le contribuable français. Aujourd’hui où la lèpre financière atteint les économies développées, il est à craindre qu’en dépit de tout le blabla humaniste du nouveau pouvoir, l’État français soit plus que jamais dépendant de sa drogue.

Faisant montre de leur capacité na­t­u­relle au paternalisme, les socia­listes ont certes rebaptisé du nom de développement la mission de coo­pération, noble terme discrédité par un demi-siècle de pratiques françafricaines. Le réalisme aurait demandé qu’on ait un ministre chargé des relations avec les pays en développement. En effet, pas plus que l’indépendance, sans laquelle il ne saurait exister, on n’octroie le développement : c’est en conquérant et en préservant leur souveraineté que l’Inde ou la Chine se sont donné les moyens de se développer. C’est le but que poursuivent aujourd’hui les citoyens de maints pays d’Afrique francophone, qui tentent de desserrer le joug de dictatures prédatrices au service d’intérêts extérieurs. Les troubles civils qui se poursuivent en Côte-d’Ivoire montrent que les Ivoiriens refusent de se soumettre aux diktats des puissances.

Au Gabon et au Togo, la société civile tente en ce moment même de desserrer l’emprise mortifère des dynasties qui oppriment ces pays depuis plus longtemps que les Assad ne règnent sur la Syrie. Avez-vous vu l’establishment rose-vert lancer des appels enflammés à soutenir ces populations en lutte pour leur liberté ? Que nenni : commentant le 15 juin la protestation pacifique des citoyens togolais contre une grossière manipulation de la loi électorale et sa répression brutale par la dictature, le Quai d’Orsay s’est contenté de renvoyer dos à dos oppresseurs et démocrates : « Nous suivons avec attention la situation au Togo où des manifestations ont lieu [...] Nous condamnons toutes les violences [...] Le maintien d’un dialogue constant, dans le respect de tous, peut seul permettre l’apaisement de la vie politique au Togo ». Quant aux indignés gabonais, qui ont tenté de s’opposer les 8 et 9 juin à la tenue d’un dispendieux « New York Forum Africa », exhibition publicitaire du clan au pouvoir, ils ont vu leurs responsables immédiatement arrêtés et détenus le temps que se déroulent les festivités officielles. Hollande leur rendra l’hommage qu’ils méritent en recevant Ali Bongo le 5 juillet. Ite, missa est ?

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Appel à la justice, sculpture bois de l’artiste ghanéen Koffi Setordji

215 - juillet-août 2012
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