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Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale

Publié le 4 décembre 2012 (rédigé le 2 octobre 2012) par Alice Primo

Deux des auteurs de « Noir Canada » (2008, éditions Ecosociétés), ouvrage qui avait suscité les foudres de la multinationale de l’or Barrick Gold, publient un nouveau livre coup de poing contre l’industrie extractive. Ils y décrivent en effet l’origine et les mécanismes du paradis réglementaire qu’est le Canada pour la majorité des pillards du sous-sol de la planète.

Dans le contexte de concurrence internationale croissante sur les ressources minières, les intérêts canadiens pourraient bien menacer les intérêts français en Afrique. C’est en tout cas l’une des contre-vérités auxquelles donne régulièrement naissance l’observation du nombre croissant de contrats avec des entreprises canadiennes dans ce secteur rentable et hautement stratégique de l’industrie minière. On note en particulier cette prééminence canadienne avec les « juniors », ces petites entreprises qui œuvrent comme des poissons pilote, en supportant les risques liés aux contrats d’exploration nécessaires à la découverte de nouveaux gisements, dont l’accès sera ensuite revendu à prix d’or aux mastodontes du secteur. Aujourd’hui, notamment grâce à elles, près des trois-quarts des entreprises qui ont fait du sous-sol mondial leur fonds de commerce sont canadiennes.

Nationalité factice

Mais en quoi ces entreprises sont-elles finalement « canadiennes » ? Cela se limite en général à une caractéristique réglementaire : leur enregistrement à la Bourse de Toronto. Dépendant alors de la juridiction canadienne, elles mobilisent des capitaux qui affluent de toute la planète, pour financer cette industrie mondiale depuis le havre réglementaire qu’ont concocté les gouvernants successifs du pays.

C’est cette évidence que démontrent les auteurs de « Paradis sous terre », en prenant justement pour point de départ ces gouvernants : la recension des différents cas de « pantouflage », cette pratique consistant pour des personnalités influentes à naviguer entre les responsabilités politiques et des postes haut placés dans l’industrie, donne la mesure de la collusion entre le monde politique canadien et le business minier.

A partir de là, on les suit dans l’historique de la construction de ce paradis réglementaire qu’est le Canada pour l’industrie extractive : celle- ci y jouit en effet d’un code minier particulièrement favorable, tout en bénéficiant de l’image de marque positive d’un pays prétendument soucieux de son environnement et peu impliqué dans les guerres d’influence impérialiste qui rava­ gent régulièrement les économies africaines et latino-américaines.

La contradiction de ce mythe national, par sa mise en parallèle avec les ravages sociaux et environnementaux de cette industrie mortifère et corruptrice, n’est pas sans rappeler celle entreprise par Survie depuis tant d’années pour déconstruire l’image d’une France « pays des Droits de l’homme » si utile au camouflage des crimes françafricains.

L’Internationale des pillards

Mais cet ouvrage est surtout indispensable pour révéler les mécanismes désormais transnationaux du pillage, fondés sur la spécialisation de certains pays ou territoires comme bases arrière où affluent les capitaux de toute la planète, France comprise évidemment. Le « recul des intérêts français », plus souvent affirmé ­ que démontré, et en général scandé en faveur du traditionnel interventionnisme politique et économique français en Afrique, connaît ainsi au moins un gros bémol : les intérêts économiques n’ont pas de nationalité, et trouvent pleinement satisfaction dans ces spécialisations taillées sur mesure par des dirigeants complices.

Ainsi, de même que le dé­ve­loppement du secteur bancaire du Luxembourg ou des Îles Vierges est propice aux banques françaises, la scandaleuse réalité du secteur extractif « canadien » est synonyme de profits sans contraintes pour toute l’industrie minière mondiale, en toute impunité vis-à-vis des crimes sociaux et environnementaux qu’elle commet.

Aussi,comme l’écrivaient déjà les auteurs de cet ouvrage dans Billets d’Afrique (n°204, juillet-août 2011), « cette prédation économique et les désastres environnementaux et sociaux qui l’accompagnent ne sont donc pas une « affaire canadienne », ni surtout « l’affaire des Canadiens » : ce sont les résultats d’une internationalisation du pillage et de la criminalité économique qui, en Afrique, conjuguent donc désormais les réseaux d’influence françafricains et ces circuits économiques canadiens. »

« Paradis sous terre - Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale » Alain Deneault et William Sacher, Coédition Rue de l’Echiquier et Ecosociétés, 15 euros

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