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Les amis de Thomas Fabius

Publié le 2 août 2013 (rédigé le 5 juin 2013) par Odile Tobner

En acquérant à Paris, au printemps 2012, un appartement de sept millions d’euros, alors qu’il ne paie aucun impôt sur le revenu, Thomas Fabius, fils du ministre des Affaires étrangères a attiré sur lui une attention finalement assez fugace. L’article du Point qui a fait cette révélation n’a en effet eu qu’un modeste écho.

Le passé récent de ce fils de famille aventureux est marqué par sa relation avec Patrick Ulanowska, dont il a été le factotum, ce qui l’a amené une première fois devant la justice pour une escroquerie de 90 000 euros. Le parcours de ce Français d’ascendance polono-malienne, diplômé en droit et sciences politiques, est typiquement françafricain.

Passé par SOS racisme et la fondation Danielle Mitterrand, il fait ses débuts comme responsable d’Afrique Business, un de ces éphémères magazines africains sur papier glacé comme il y en a tant. En 1992, il tente en vain de lancer Afrique Investir avec des fonds en provenance de l’État ivoirien, gouverné alors par Alassane Ouattara, et des groupes franco-ivoiriens associés. En 2002, associé au Gabonais Nicaise Moulombi, PDG de Univers Communication Plus, il négocie un accord de partenariat entre Jacques Dupuydauby, PDG du groupe espagnol Progosa et le directeur général du port de Libreville. Il se plaindra ensuite de ne pas avoir reçu l’intéressement promis.

On le retrouve en 2005 chef du protocole et conseiller politi­que et diplomatique d’Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie. En 2007, il est PDG de la société Unipay’s au Luxembourg, qui doit commercialiser la maâtcard, carte de paiement acoustique.

Le lancement est prévu en 2008 au Cameroun avec l’agrément de la BEAC et des partenaires locaux, proches de Biya, parmi lesquels on trouve Mohamadou Dabo, consul honoraire de Corée du Sud au Cameroun et président d’un fonds d’investissement du Sud asiatique, Cole Shade Sule, jeune diplômé d’origine camerounaise, Hatem Farag, jeune entrepreneur d’origine égyptienne, Eric Laurent Ricard, ingénieur et expert près la cour d’appel de Paris, Serge Doh, Ivoirien installé aux États-Unis. Le groupe réalise une première augmentation de capital d’un million d’euros. Cette phase est suivie de l’arrivée de deux nouveaux actionnaires, Albert Kouinche, fondateur et président d’Express Union, premier réseau de transfert d’argent domestique en Afrique centrale, et Victor Djimeli, fondateur et président d’un groupe comprenant plusieurs sociétés dans le commerce et la distribution au Cameroun. Unipay’s projette alors une augmentation de capital de huit millions d’euros, avec l’implication de Charles Millon, ancien ministre français, et de Christiane de Livonnière, présidente d’Intelstrat et ancien chef de cabinet de François d’Aubert, ancien ministre français également et l’annonce de l’arrivée d’un fonds d’investissement (Les Afriques, 5 février 2008).

Les promesses ne semblent pas avoir été tenues puisqu’en février 2009, Patrick Ulanowska engage Thomas Fabius pour collaborer avec lui dans la recherche d’investisseurs et trouver les millions d’euros nécessaires.

La recherche est peu fructueuse et Thomas Fabius se retrouve poursuivi pour avoir dilapidé l’apport d’un investisseur crédule, Ali Hamadi, affaire réglée par un accord judiciaire. Officiellement Thomas Fabius est aujourd’hui PDG de TF Conseils, conseil en immobilier. Patrick Ulanowska, après l’échec d’Unipay’s est devenu en 2010 PDG de Digipay, sise elle aussi au Luxembourg ; il projette de commercialiser une carte acoustique maintenant dénommée Wega, et a trouvé suffisamment de capitaux pour acheter à l’opérateur de télécommunications Prosodie, les brevets nécessaires.

Dans les intervalles de ses diverses activités, Patrick Ulanowska, qui se présente aussi comme homme de presse écrite et de télévision (Euronews et TV5), a publié une Histoire illustrée de la gauche française (Le pré au Clercs 2002) et Dans le secret des maîtres du monde, avec Christian Malard et Jean-Eric Perrin ( La Martinière 2012).

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