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Billets d'Afrique 226 - juillet-août 2013

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Édito

Après Serval, les vautours

8 juillet 2013 par Odile Tobner

Comme prévu, l’intervention française au Mali, forte de 4000 soldats français, de moyens matériels aussi coûteux que sophistiqués et de la « chair à canons » de 2000 Tchadiens, a vaincu sans péril les 2000 djihadistes équipés de pick-ups, de mitrailleuses et d’armes légères qui avaient pris le contrôle des localités du nord.

Les villes du nord du Mali ont été rapidement reprises et une offensive dans le désert a neutralisé le sanctuaire des djihadistes dans le massif montagneux des Ifoghas. Environ 500 djihadistes, 75 soldats maliens, 38 tchadiens et 6 français ont trouvé la mort au cours de l’intervention. Personne n’a évalué le nombre de civils tués lors des combats, bombardés ou victimes de représailles, féroces des deux côtés. Près de 500 000 habitants du Nord Mali, soit un sur trois, se sont réfugiés dans les pays limitrophes ou repliés au sud du Mali, amassés dans des camps où ils vivent dans la plus grande précarité. L’intervention a coûté un million d’euros par jour pendant les combats, à peine moins ensuite.

Bien loin de l’avoir résolu, la guerre aura exacerbé le conflit ethnique et religieux au Nord Mali. La région est si peu pacifiée que son occupation durable est organisée, un vrai pactole pour les militaires : la France y restera en force, laissant, au terme d’un éventuel retrait, un contingent « parallèle » d’un millier d’hommes et la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite Africaine (MISMA) va y déverser plus de 12 000 soldats. On ne sait ce que sont devenus les islamistes radicaux qui sont parvenus à s’enfuir, notamment Lyad ag Ghali, leader historique du mouvement touareg Ansar Dine. Quant au MNLA, à l’origine du conflit début 2012, aujourd’hui revenu dans son bastion de Kidal grâce à la victoire française, il n’a pas déposé les armes, bien qu’il vienne de signer un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement par intérim. La France veut l’imposer comme unique partie à la négociation sur le sort du Nord Mali, qui représente les deux tiers de la superficie du Mali, alors que les Touaregs ne représentent qu’un tiers de la population de ce territoire, composée pour deux tiers d’ethnies noires de Peuls et de Songhaï. On comprend dans ces conditions le mécontentement grandissant des Maliens, dont les manifestations sont réprimées : dix-neuf citoyens maliens sont en prison pour avoir manifesté.

La guerre aura quand même fait des heureux. Le 15 mai, à Bruxelles, une réunion de bailleurs de fonds internationaux a décidé de prêter 3,25 milliards d’euros au Mali. Les affairistes français se précipitent d’ores et déjà pour recueillir cette manne : ils doivent rencontrer le gouvernement malien début juillet, sous la conduite de Michel Roussin, vieux crocodile du marigot françafricain, ex-barbouze devenu bras droit de Chirac à la mairie de Paris, condamné pour complicité et recel de corruption dans l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France, aujourd’hui conseiller à la présidence d’EDF après avoir été vice-président du groupe Bolloré et avoir présidé le comité Afrique du Medef. EADS compte bien vendre des avions et des hélicoptères. Securicom, société de sécurité dirigée par un ex-général français, proposera ses services. Dès à présent, des sociétés françaises ont été retenues, sans véritable appel d’offres, pour organiser l’élection présidentielle, dont François Hollande a exigé la tenue avant fin juillet : Safran pour le matériel électoral, 10 milliards de CFA ; Albatros pour rénover l’état-civil malien, 3,5 milliards de CFA. Qui remboursera toutes ces dépenses stratégiques destinées à contrôler le Mali ? Les Maliens bien sûr, pauvres entre les pauvres que l’intervention française aura encore appauvris.


226 - juillet-août 2013
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