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Perenco : des crocodiles bretons dans les eaux troubles du Congo

Publié le 15 décembre 2013

Un rapport de l’ONG CCFD-Terre Solidaire épingle le groupe Perenco pour les ravages de l’exploitation pétrolière au Congo-Kinshasa.

Perenco est un acteur indépendant majeur du pétrole, une compagnie pétrolière francobritannique qui n’aime rien tant que la discrétion, l’opacité des paradis fiscaux et le noir du brut qu’elle exploite… Si Perenco est jeune (créée en 1975), sa croissance a été fulgurante et elle déploie aujourd’hui ses activités d’exploration et de production dans 16 pays.

Elle est notamment bien présente en Afrique : au Gabon, au Cameroun (où elle exploite le gaz au large de Kribi qui fournit la nouvelle centrale thermique financée par l’AFDProparco), en Tunisie (où elle exploiterait du gaz de schiste) et en République Démocratique du Congo où elle est, à l’heure actuelle, la seule compagnie exploitant du pétrole. C’est justement l’impact de ses activités en RDC qui est dénoncé dans le rapport «  Pétrole à Muanda : la justice au rabais » publié par le CCFDTerre solidaire.

Pollution, violence, sousdéveloppement Après deux ans d’enquête avec des organisations congolaises, le constat est accablant. Impact social nul, faible nombre d’emplois créés, sérieux doute sur les chiffres réels de la production (l’État ne veut pas et ne peut pas contrôler les volumes réellement extraits et exportés du pays), fuites répétées de brut, pollutions des eaux, des sols, de l’air, destruction des récoltes et des ressources en poissons, répression de villageois protestataires (avec la complicité de l’entreprise), travailleurs souspayés et représailles contre les meneurs de grèves... Le rapport relate par le détail les impacts des activités de l’entreprise en s’appuyant notamment sur des documents de doléances remis par les habitants aux membres de l’ONG catholique, sur des documents internes de l’entreprise et sur une première étude d’impact réalisée par l’association congolaise ADEV (Boma, BasCongo).

Cette étude révèle un pH anormalement élevé dans les rivières et les sols de Muanda, un air saturé de dioxyde de carbone et de souffre issu des torchères de gaz placées à quelques mètres des villages. Les eaux d’exploitation (officiellement traitées par l’entreprise) et rejetées jours après jour à la mer contiennent des résidus d’hydrocarbures 80 fois supérieurs aux normes autorisées. Santé, les poissons ! Autre exemple glaçant du cynisme de l’entreprise, le rapport révèle que, selon des témoignages de travailleurs, des déchets toxiques (boues des forges mélangées à des produits chimiques et dangereux) seraient parfois enterrés à proximité des puits. Cette réalité, les organisations de la société civile congolaise la connaissent bien, et après des années de mobilisation, le Sénat congolais vient enfin de diligenter une commission d’enquête.

Son rapport, rendu public ce moisci,est accablant : manque de collaboration de l’exploitant qui a tenté de dissimuler les informations et tenter de détruire des preuves, impacts cumulés de la pollution importants, urgence à intervenir pour dépolluer l’environnement de Muanda. Un premier pavé dans la marre de Perenco Rep et, qui sait, peutêtre le signe du réveil des élus congolais.

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