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Billets d'Afrique 231 - janvier 2014

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Édito

La guerre, c’est la paix. Le pillage, c’est l’aide. L’ignorance, c’est la force.

13 janvier 2014 par Odile Tobner
ThèmesUne

On est frappé par la sauvagerie et l’archaïsme qui marquent nos relations avec nos « anciennes » colonies d’Afrique francophone, où le recours à la force constitue toujours l’alpha et l’oméga.

En entendant Hollande affirmer lors de ses voeux à la nation que les interventions de l’armée française en Afrique n’avaient d’autre but que d’y ramener la paix, on croyait revoir Guy Mollet défendre la « pacification » de l’Algérie. Rien d’étonnant, puisque la loi de programmation militaire qui vient d’être votée rend à nos militaires les « pouvoirs spéciaux » qu’ils avaient reçus du gouvernement SFIO de Mollet et Mitterrand pour « pacifier  » l’Algérie – en réalité pour y pratiquer en toute impunité tortures et exactions, avec le succès que l’on sait. Déploiements de troupes dans des pays en proie à des troubles civils, soutien à des dictatures compradores, déstabilisations sournoises et corruption, voilà à quoi se résume notre politique africaine, et le fait qu’elle se revête depuis l’opération Licorne des habits du droit international ne change en rien à son caractère foncier : la violence.

Durant ce temps, la Grande-Bretagne a su nouer avec un Commonwealth profondément renouvelé des relations civilisées. Même un pays comme la Chine, dont les médias français dénoncent sans relâche l’expansion en Afrique, tisse des liens avec la société civile africaine via une politique généreuse d’octroi de visas et de bourses aux étudiants africains, bien éloignée de la crainte obsessionnelle de la démographie africaine qui marque nos rapports avec les migrants venus d’Afrique. C’est que nos médias de masse abreuvent l’opinion française d’une propagande négrophobe destinée à justifier le recours à la violence en faisant des habitants de ces pays un ramassis de brutes à réduire par le feu et à tenir sous le joug de dictatures bestiales. Ils nous pilonnent sans relâche de bavardages de prétendus experts transpirant le racisme et d’images de masses africaines se livrant à des lynchages, sans jamais donner la parole aux citoyens maliens, camerounais, togolais, centrafricains, qui sont pourtant nombreux à parler parfaitement notre langue, hormis pour exprimer une position de stricte vassalité à la politique françafricaine.

Verrouillé par cette idéologie négrophobe qui justifie en dernière analyse l’exploitation brutale de l’Afrique francophone, notre pays est définitivement incapable de considérer les femmes et les hommes de ces pays comme des citoyens avec lesquels instaurer un dialogue politique. Tout autant imprégnés de cette négrophobie dans laquelle ils macèrent, nos dirigeants enfoncent notre pays dans une guerre généralisée contre l’Afrique francophone, aux dépens de tout autre projet collectif – toutes nos politiques publiques sont en décadence, à commencer par notre système d’éducation, de moins en moins performant – et pour quel bénéfice ? Les intérêts que l’establishment politico-militaire drogué à la violence prétend défendre en Afrique ne sont en rien nationaux puisqu’ils sont ceux de multinationales qui ne paient d’impôts ni dans les pays dont ils exploitent les ressources, ni même en France. Même les groupes particuliers qui dans ces pays avaient fondé quelque espoir sur l’intervention de la France se retournent peu à peu contre elle quand ils comprennent qu’ils ont été joués – c’est le cas en Côte d’Ivoire, et déjà au Mali et en Centrafrique.

En poursuivant dans la violence une histoire commune commencée dans la violence, ce n’est pas tant l’avenir de l’Afrique que celui de la France que notre gouvernement compromet, d’une façon peut-être définitive.


231 - janvier 2014
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