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Billets d'Afrique 232 - février 2014

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Édito

La stratégie du chaos ou l’impérialisme décomplexé

11 février 2014 par Odile Tobner

Les guerres de l’Otan menées à l’initiative des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak ont donné le signal du renouveau des guerres impériales au XXIe siècle.

Elles sont à l’évidence le modèle des interventions que l’armée française multiplie en Afrique depuis le bombardement de la la Côte d’Ivoire et de la Lybie en 2011, surtout par deux aspects que les unes et les autres partagent : vendues aux opinions publiques occidentales comme ayant pour objectifs la paix et la démocratie, elles aboutissent immanquablement à nourrir les dissensions civiles qu’elles étaient censées apaiser. C’est ce qu’on observe actuellement en RCA, mais cela se vérifie aussi, même si d’une manière moins éclatante, au Mali et en Côte d’Ivoire. Les interventions de l’Otan ont toutes abouti à l’ensauvagement des sociétés qu’elles étaient censées pacifier. Le précédent de l’intervention française au Rwanda laisse craindre qu’il en sera de même en Afrique francophone.

Ce résultat ne saurait surprendre que ceux assez naïfs ou abêtis par le pilonnage de la propagande pour croire que la guerre qui s’étend sous nos yeux aurait réellement pour but d’établir la paix et la démocratie. Au contraire, l’intervention guerrière rend nécessaires d’autres opérations armées, dans un processus fou d’auto-engendrement de la guerre. La partition du Soudan sous pression occidentale provoque une nouvelle flambée de la guerre civile. Certains de nos dirigeants évoquent aujourd’hui la nécessité d’une nouvelle intervention en Lybie, devenue le foyer ardent d’un ébranlement de toute l’Afrique noire.

Hic fecit cui prodest : seul le capital sort renforcé de ce chaos généralisé. Les pseudo-démocraties installées par des armées étrangères à coup d’élections bidons n’auront garde de s’opposer aux volontés de leurs parrains, et aux sociétés étrangères qui, arrivées à la suite des armées, se partagent les lucratifs marchés de la reconstruction et tout ce que la destruction des États offre comme opportunités : travaux publics de toutes sortes, construction et gestion des infrastructures et des réseaux d’eau, d’électricité, de télécommunications, et, last but not least, exploitation des ressources naturelles. C’est là le fin mot des bombardements occidentaux et du déploiement de tout l’arsenal de la guerre technologique : permettre au capital d’étendre encore son emprise vampirique sur le monde, jusqu’à la dernière goutte de pétrole, jusqu’au dernier gisement d’uranium, jusqu’à l’ultime forêt vierge, jusqu’à la dernière parcelle d’humanité libre.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » : la première décennie de ce siècle a plus que confirmé la phrase prononcée par Jaurès en juillet 1914, quelques jours avant son assassinat, dans un discours où il prophétise les massacres de masse qui vont ensauvager l’Europe. Dans ce discours, Jaurès accuse la politique coloniale de la France d’être un des facteurs de « l’état des choses horrible où nous sommes » : de la même façon, la politique guerrière des imposteurs qui gouvernent aujourd’hui la France en se réclamant de lui nourrit la catastrophe dans laquelle nous nous enfonçons.

Certes, c’est aujourd’hui en Afrique, non plus en Europe, que s’accomplissent des massacres de masse, mais ne nous leurrons pas : nous aussi, citoyens du monde "libre", sommes de plus en plus soumis aux lois inflexibles de cette guerre folle du capital : paupérisation croissante de nos sociétés, gavées de faux biens destinés à nourrir le flux continu des déchets, réduction irréversible des libertés élémentaires, bombardement ininterrompu d’une propagande abrutissante, désespérance de nos jeunesses : quand le sang de l’Afrique coule, c’est l’Occident qui devient fantôme.


232 - février 2014
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