Péâneries

Publié le 15 mai 2014 (rédigé le 4 avril 2014) par Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Pierre Péan vient de faire reparaître en collection de poche Noires fureurs, blancs menteurs, son livre paru en 2005... sans en changer une virgule.

Nulle préface ou postface pour informer le lecteur des développements survenus depuis cette date, développements qui invalident la thèse centrale de l’ouvrage : la responsabilité supposée du FPR de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994, et donc dans le génocide des Tutsi.

Car pour celui qui bénéficiait encore il y a peu d’une réputation bien usurpée de journaliste d’investigation indépendant et courageux, l’attentat n’est pas le prétexte, le détonateur d’un génocide prémédité et préparé, il en est la cause. Pour Péan et son éditeur (Fayard), le récit d’Abdul Ruzibiza, le principal témoin du juge Bruguière, n’a donc pas été réfuté depuis 2005 : c’est toujours un commando FPR qui a abattu l’avion du président Habyarimana depuis Masaka. Les rétractations de Ruzibiza et le rapport remis au juge Trévidic concluant à un tir depuis le camp militaire de Kanombe (voir notre article), tenu par les militaires extrémistes, sont escamotés.

Le lecteur retrouve avec écœurement les habituels procédés négationnistes : minimisation du nombre des victimes, lorsque Péan fait dire à un témoin à qui un responsable « a donné les vrais chiffres », mais sous couvert d’anonymat bien entendu, que seuls 280 000 Tutsi auraient été tués ; thèse du « double génocide » quand l’auteur écrit qu’un million de Hutu auraient péri à cause du FPR.

Les allégations diffamatoires concernant journalistes, chercheurs et militants, sont réimprimées telles quelles, de même que les jugements racistes sur les Tutsi, pour lesquels Péan avait été poursuivi et malheureusement relaxé.

Le mépris du public dont font preuve les éditions de la collection Pluriel en rééditant ce livre mensonger est tout à fait scandaleux. Le négationnisme est une plante d’autant plus difficile à extirper qu’il est alimenté par certaines maisons d’édition. Souhaitons à ce livre de finir au pilon.

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 234 - avril 2014. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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