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Un couac de la propagande

Publié le 7 avril 2015 (rédigé le 3 avril 2015) par Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Le vendredi 6 mars a eu lieu à Yaoundé une cérémonie en hommage aux soldats camerounais tués le 2 février, lors de l’attaque par Boko Haram de la localité de Fotokol au nord du Cameroun. Le 9 mars, sur le site de la présidence camerounaise, sous le titre « Le Chef de l’Etat rend hommage aux soldats tombés au champ d’honneur », une photo montrait Biya s’inclinant devant les cercueils... ou plutôt une grossière juxtaposition d’un cliché du vieux dictateur et de celui, vraiment pris à Yaoundé, des cercueils. Car le 6 mars, Biya était en Suisse, « en voyage privé », selon la formule consacrée. Le montage a aussitôt fait le buzz sur les réseaux sociaux et la presse camerounaise s’est fait l’écho de l’affaire, interprétée comme une insulte aux soldats engagés au front. La photo a été immédiatement retirée et le 10 mars, Issa Tchiroma, ministre de la Communication jamais en mal d’imagination, dénonçait une intrusion informatique sur le site de la Présidence : un hacker aurait fait ça pour nuire au Président bien-­aimé ! Le ministre avertit au passage les journalistes d’avoir «  plus de circonspection, de discernement, de sens critique et de responsabilité citoyenne, dans l’appréhension et le traitement de certaines informations dont ils ont connaissance, et davantage, lorsque de telles informations touchent au domaine stratégique de la défense et de la sécurité de l’État ».

Accuser un piratage informatique (qui n’aurait commis que ce méfait !) est grossier, puisque les exemples de photomontages ne sont pas rares sur ce site ­ sauf qu’ils paraissaient jusque là anodins. Le webmaster a probablement péché par excès de zèle, habitué à devoir faire croire que le Président est sur tous les fronts. Toute la com’ de Biya, site internet compris, est confiée à des communicants français, notamment la société de Patricia Balme. Mais il est difficile, sur les Champs-­Elysées à Paris, de se rendre compte qu’à Yaoundé les déplacements de Biya ne sont un secret pour personne étant donné que la ville est paralysée à chaque fois qu’il prend l’avion. Les absences prolongées de Biya sont d’ailleurs, depuis des dizaines d’années, sujettes à commentaires satiriques. A présent que le Cameroun est en guerre, elles font scandale. Déjà le 28 août 2014, pour une autre cérémonie d’hommage à des soldats tombés lors des combats, Biya n’avait pas jugé bon d’interrompre sa villégiature genévoise. Si le Cameroun était sa priorité, ça se saurait.

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