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Burkina Faso : de l’insurrection aux élections

Publié le 17 septembre 2015 (rédigé le 1er septembre 2015) par Bruno Jaffré

[NB : cet article a été rédigé le 1er septembre, avant le coup d’État qui vient d’avoir lieu au Burkina Faso]

Tout semble prêt pour les que les élections couplées, présidentielle et législatives, aient bien lieu le 11 octobre comme prévu. L’histoire semble donner tort aux détracteurs du gouvernement de transition, qui n’ont cessé d’affirmer que le premier ministre manœuvrait pour se prolonger au pouvoir, avec de nombreux complices de la société civile.

Issues de tractations entre l’armée et la société civile, puis d’une concertation de toutes les forces vives du pays, les institutions de la transition ont d’abord eu du mal à se mettre en place. Les partis politiques les plus importants se sont fixés comme objectif les élections, laissant la gestion du pouvoir à des ministres souvent peu expérimentés. Le CNT (Conseil national de la Transition), qui fait office d’Assemblée nationale, compte en son sein peu de personnes rompues au travail législatif. Pour éviter l’hostilité de la communauté internationale, il a été décidé de rétablir la Constitution suspendue suite à l’insurrection. Faute de volonté politique claire, les autorités mises en place ont laissé les anciens dirigeants sortir leur fortune du pays sans réagir. Aucune arrestation n’a eu lieu pendant plusieurs mois. Le Premier ministre s’est répandu en déclarations à l’emporte­pièce. Ne voyant rien venir, la déception gagnait les insurgés.

Il a fallu près de trois mois pour que de réels signes de changement apparaissent. La première réforme adoptée fut le nouveau Code électoral interdisant aux partisans du changement de constitution [1] de se présenter aux élections. Ce code électoral fit consensus à l’époque, sauf évidemment parmi les partis de l’ancienne majorité. Mais il a récemment été contesté par la CEDEAO, considérant l’exclusion trop imprécise.

Le rapport de force n’a pas permis l’arrestation des chefs du Régiment de sécurité présidentielle, bras armé du régime coupable d’exactions. Ainsi, sous l’impulsion de Gilbert Diendéré, ancien bras droit de Compaoré, qui bénéficie du soutien de la France et des Etats­Unis, la transition a connu trois crises graves, la dernière s’étant soldée par la mise à l’écart du colonel Auguste Barry, le ministre en charge de la sécurité, le plus populaire parmi les anciens insurgés. Une demi­ victoire pour Diendéré qui demandait la démission de tous les militaires dont le premier ministre Issac Zida, issu de ses rangs mais qu’il ne contrôle pas.

De nombreuses réformes ont suivi, sous la houlette du président du CNT, le journaliste Cheriff Sy et quelques cadres issus de la société civile. Citons notamment ­ et la liste n’est pas exhaustive ­ les États généraux de la Justice, un nouveau code minier, beaucoup moins favorable aux investisseurs et dégageant des ressources pour le développement local et national, la réforme de la gestion des baux administratifs qui permettaient aux proches de Compaoré, de ponctionner les biens de l’État en louant à des prix onéreux des immeubles dont ils étaient propriétaires, l’adoption d’un nouveau code militaire, la loi contre la corruption suivie, la mise en place de la Haute cour de justice pour juger les anciens dignitaires ou d’anciens chefs d’état qui a déjà permis l’arrestation récente de plusieurs ministres, la mise en place d’une commission d’enquête sur le recouvrement des créances de l’État évaluées à 1 milliard de FCFA par an, la rédaction d’une nouvelle constitution, autant de dispositions, de lois et de réformes qui montrent bien qu’au sein des acteurs de la transition, des forces s’engagent pour que soient prises en compte les aspirations des insurgés. Et ce n’est pas tout. Une Commission de la réconciliation nationale et des réformes, a été mise en place en mars 2015 qui n’a pas encore rendu son rapport.

En réalité une lutte sourde, souterraine s’est engagée entre les partisans du changement, qui voulaient poser les actes d’un véritable changement avant le tenue des élections et ceux qui pensaient que le gouvernement devait se contenter de gérer les affaires courantes et se consacrer à la préparation des élections.

Le Conseil constitutionnel, vient d’invalider toutes les candidatures aux législatives des anciens ministres et députés qui ont soutenu la modification de l’article 37. Le Code électoral issu du CNT est donc appliqué. A la grande satisfaction des anciens insurgés, et à l’encontre de l’avis de la CEDEAO. Les appels à manifester du CDP, ont échoué. Il a finalement accepté de participer au scrutin et de remplacer les candidats invalidés. Pour la présidentielle, prévue aussi le 11 octobre, plusieurs candidats de l’ex majorité présidentielle, dont celle du du CDP sont invalidés, mais d’autres personnalités de l’ancien régime sont pourtant acceptées et notamment Djibril Bassolet, l’ancien ministre des Affaires étrangères. Comme si le Conseil constitutionnel avait voulu ménager la CEDEAO au risque de ne pas apparaitre bien cohérent.

[1] C’est suite à l’entêtement de l’ancien Président Compaoré à changer la Constitution pour pouvoir se représenter que le pays s’est embrasé, entraînant la chute du régime en octobre 2014.

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