Idriss tout puissant ?

Publié le 13 septembre 2015 (rédigé le 1er septembre 2015) par Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Des enseignements politiques sont probablement à tirer de la sortie médiatique estivale du dictateur tchadien sur le franc CFA, que l’on imagine mûrement réfléchie.

Déby est probablement conscient que les revendications contre le franc CFA ne sont plus seulement l’affaire d’économistes indépendants et de rares militants ou dirigeants africains ayant à cœur de défendre l’intérêt public et la souveraineté. En effet, un nombre croissant de relais d’opinion africains posent de plus en plus ouvertement la question la survivance de cette monnaie coloniale.

Dire tout haut ce qu’une partie de la rue et même des élites pense tout bas renforce donc la réputation que Déby tente de se construire depuis plusieurs années, en envoyant des troupes aguerries au Mali, en prenant la tête de l’offensive contre Boko Haram. Et cela paraît fonctionner, à grand renfort d’une communication bien orchestrée par la présidence tchadienne.

Beaucoup d’articles ou de réactions postées sur des forums et autres blogs africains voient fleurir les commentaires élogieux en direction de Déby. Le 14 août dernier, quelques jours après son discours sur le CFA, le dictateur tchadien se voyait même décerner par un jury de journalistes issus 14 pays africains un trophée pour récompenser sa lutte contre le terrorisme et son œuvre en faveur de la paix (sic).

Comme Kadhafi ou Gbagbo en leur temps sur des sujets similaires, Déby tente de manifester une certaine indépendance vis-­-à­vis des anciennes puissances coloniales, sans toutefois rechercher la rupture, afin de ne pas subir le sort de ces derniers...

Pour se maintenir au pouvoir Déby doit en effet conserver le soutien de Paris, qui a largement contribué à redorer son image à l’international, et peser les risques lorsqu’il instaure un rapport de force avec les autorités françaises. Comme le guinéo­-équatorien Obiang l’avait fait en 2012, en pleine affaire des Biens mal acquis, évoquer la création d’une monnaie de remplacement au CFA peut paraître un bon moyen de rappeler Paris à son bon souvenir, à la veille d’une année électorale charnière au Tchad.

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 249 - septembre 2015. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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