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Billets d'Afrique 261 - octobre 2016

Édito

La violence des autres

L’État socialiste poursuit sa surenchère belliciste tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières. Ainsi François Hollande veut « démanteler défi­nitivement » le bidonville de Calais où vivent tant bien que mal des milliers de personnes, sans préciser quel sort « définitif » il réserve à ses habitants. L’état d’urgence a encore servi à y interdire la manifestation du 1er octobre « en solidarité avec les exilé­e­s ».

Le consensus guerrier entre la droite, la gauche, les chefs militaires et les industriels est parfait. Dé­fendue par le chef d’état major des armées, Pierre de Villiers, l’augmentation progressive du budget militaire à 2 % du PIB est aussitôt avalisée par le ministre de la Défense Jean-­Yves Le Drian. Il s’agit là tant de suivre la loi de programmation mi­litaire de 2013 qu’un en­gagement des membres de l’Otan en 2014. Il pas­serait de 35 milliards d’euros aujourd’hui à 41 milliards en 2020. L’austé­rité ne concerne manifestement pas une armée qui de déploiements sur le sol français à la multiplication de guerres en Libye, en Centrafrique ou en Syrie accroît son emprise politique et son budget en normalisant les dépassements liés aux opérations extérieures.

Chaque bord politique s’en accommode très vo­lontairement. « Deux chercheurs américains Guy Whitten et Laron Williams ont récemment démontré qu’un gouvernement de gauche peut tirer des béné­fices d’une non-­diminution des dépenses militaires, en transformant ou « déguisant » le maintien de telles dépenses militaires en politiques sociales liées à la création d’emploi. Au fond, il s’agit d’adopter une politique inspirée du keynésianisme militaire. Ce résultat est important car il renverse le postulat sim­pliste selon lequel un gouvernement de gauche privi­légie nécessairement les dépenses sociales par rapport aux dépenses militaires. » (Martial Foucault blog Secret Défense, 14/05/2012). Les récentes célébrations nationales de la vente de Rafale à l’Inde en sont une brillante illustration. Les « commentateurs » ont opportunément rap­pelé ce que ce « succès » doit à la démonstration de ces avions de combat lors des guerres au Mali ou en Libye. Hollande avait inauguré sa tournée commerciale le 15 janvier 2013 au Qatar, quatre jours après le déclenche­ment de Serval au Mali.

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On appréciera, au re­gard de l’ensemble de la politique guerrière fran­çaise, ce communiqué du ministère des Affaires étrangères au lendemain de la validation du pas­sage en force d’Ali Bongo par la Cour constitution­nelle gabonaise : « La France demande également à ceux qui continuent de contester les résultats de ré­cuser l’action violente et de poursuivre leurs revendi­cations selon des voies qui ne remettent pas en cause la paix et le bien­-être du pays. » On cherchera, en vain, une adresse directe au régime gabonais dont la répression de ces dernières semaines a fait des di­zaines de morts [1]. Il y a violence et violence.

[1] Au moins 27 d’après Le Monde le 30/09/2016, mais des militant­e­s gabonais évoquent des chiffres biens supérieurs


261 - octobre 2016
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