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Billets d'Afrique 268 - juin 2017

Édito

Re-nouveau

27 juin 2017 par Thomas Noirot

C’est devenu le leitmotiv, le refrain obligatoire : après la « rupture » de Nicolas Sarkozy en 2007, après le « changement » de François Hollande en 2012, voici le « renouveau » d’Emmanuel Macron.

La jeunesse de notre nouveau président, célébrée par des commentaires aussi stupéfiants qu’abondants, n’a visiblement d’égal que l’abâtardissement des promesses de bouleversement de la politique africaine de la France. « Comment faire du neuf avec du vieux », s’amusaient les journalistes le jour de l’annonce de la composition du gouvernement.

La désignation aux Affaires étrangères de l’inamovible « ministre de l’Afrique » du quinquennat précédent pourrait faire rire, tant elle est caricaturale : elle fait surtout marrer l’État-major, qui sent bien que le Quai d’Orsay n’en sera que plus enclin à s’aligner sur le tout militaire de la « gestion de crise » à la Française, et ne cherchera pas plus que par le passé à s’opposer à la coopération sécuritaire qui permet à nos galonnés d’aller conseiller certaines des pires crapules qui officient dans les appareils répressifs d’Afrique francophone. D’ailleurs, le président du renouveau n’a-t-il pas annoncé le 11 juin que la France et la Côte d’Ivoire allaient « renforcer dans les prochaines semaines, de manière concrète, leur partenariats militaire et dans le renseignement » ? Re-nou-veau, vous dit-on.

Quant aux gradés qui aspirent à se recycler, à l’heure précoce de la retraite, dans une industrie de l’armement avec laquelle ils auront travaillé main dans la main des années durant, c’est tout bénef : Macron rêve de dépasser l’extraordinaire bilan de François Hollande et de son ministre Jean-Yves Le Drian, qui ont réussi à multiplier au moins par quatre les ventes à l’étranger depuis 2012. Les dictatures sont des gros clients ? Qu’importe, puisque même en période électorale, personne ne s’offusque que Le Drian soit allé au Caire pour, selon ses propres mots, « porter un message d’amitié de la part d’Emmanuel Macron, message de soutien pour les réformes en cours [en Égypte] et message de solidarité face au terrorisme ».

Annoncer un soutien à des « réformes » qui finissent de dézinguer les quelques libertés arrachées au prix du sang d’un peuple début 2011, c’est visiblement trop gros pour faire des vagues. Ou trop habituel de la politique extérieure française, et de ses (rares) indignations (très) sélectives. De 2015 à 2017, le dictateur égyptien a, rappelons-le, acheté en seulement deux ans pour plus de 6 milliards d’euros d’équipements militaires à notre fière industrie. Si Erdogan veut un soutien français à ses « réformes » en Turquie, il sait donc ce qui lui reste à faire.

Fin février 2011, après que Michèle Alliot-Marie eut provoqué un tollé en rappelant devant des députés hypocrites soudainement scandalisés que la France proposait son « savoir-faire » aux régimes répressifs, Nicolas Sarkozy déclarait à la télévision au sujet, entre autres, du régime militaire égyptien dans lequel officiait déjà l’actuel président Sissi : « Ces régimes, tous les Etats occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédé depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme. Mais voici qu’à l’initiative des peuples, s’esquisse une autre voie. En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays. »

L’ère nouvelle a fait long feu, les relations criminelles sont restées la norme, et le rouleau compresseur de la « lutte contre le terrorisme » a apporté le renouveau nécessaire parmi les prétextes à ce que rien ne change structurellement.


268 - juin 2017
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