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Les réseaux Macron vers l’Afrique

Publié le 27 juin 2017 (rédigé le 15 juin 2017)

Si Emmanuel Macron n’a pas une grande expérience avec l’Afrique, celui-ci s’entoure de personnalités qui permettent de voir quelle sera la politique que le nouveau président compte mener vis-à-vis de ce continent « qu’il considère comme stratégique.[D’après son conseiller Aurélien Lechevalier, actuel numéro deux de la cellule diplomatique de l’Elysée. Le Monde 19.05.2017.D’après son conseiller Aurélien Lechevalier, actuel numéro deux de la cellule diplomatique de l’Elysée. Le Monde 19.05.2017.]] »

Alors qu’Emmanuel Macron avait promis un renouvellement, ce n’est pas au niveau des principaux responsables des dernières interventions militaires en Afrique qu’il faudra le chercher… C’est ainsi que l’omniprésent Ministre de l’Afrique de François Hollande, Jean-Yves Le Drian est juste passé de l’hôtel de Brienne au Quai d’Orsay. Et son éviction du ministère de la Défense ne s’explique pas par un désaccord sur sa politique impérialiste en Afrique avec Macron, mais par le fait que ce dernier souhaite « endosser le costume de seul et unique chef des armées » (Europe 1, 19/05).

Le second haut responsable maintenu n’est autre que le chef d’état-major particulier (CEMP) du président, l’amiral Bernard Rogel, plus haut gradé dans la hiérarchie militaire. Ex-chef d’état-major de la Marine de 2011 à 2016, il était depuis juillet 2016 le CEMP de François Hollande. L’amiral Rogel a servi auprès du chef d’état-major des Armées de 2006 à 2011, notamment comme chef des opérations. Il a ainsi conduit l’intervention française en Côte d’Ivoire en 2011 et l’opération Harmattan en Libye, pour les raisons et avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui…

Défense franco-européenne

La nouvelle ministre des Armées (et non de la Défense), Sylvie Goulard a passé sa carrière à travailler sur des questions européennes, et plutôt, comme eurodéputée, sur les aspects économiques… Mais si elle a aujourd’hui la responsabilité de s’occuper de la gestion des armées, cette européaniste convaincue va notamment avoir pour mission, en lien avec Marielle de Sarnez (la nouvelle ministre des affaires européennes) et Le Drian de s’occuper du dossier le plus emblématique de la relance européenne voulue par Macron : l’Europe de la Défense. En effet, le nouveau Président souhaite relancer le soutien aux opérations françaises extérieures des pays européens, et notamment l’Allemagne (RFI 17/05).

Cette idée d’européanisation des interventions impérialistes françaises est clairement partagée par le nouveau Monsieur Afrique de l’Elysée, Franck Paris, camarade de promotion à l’ENA d’Emmanuel Macron. Celui-ci, après avoir été rédacteur Afrique centrale et orientale à la direction Afrique du Quai d’Orsay, a rejoint Le Drian entre 2012 et 2015. Il aurait à ce moment « beaucoup aidé le ministre de la Défense à plaider les dossiers africains au sein des institutions européennes à l’heure de nos engagements au Sahel et en Centrafrique. » (L’Opinion 17/05)

On ne quitte jamais la DGSE

Franck Paris n’est pas passé uniquement aux ministères des affaires étrangères et de la Défense… Si l’on en croit le journal L’Opinion, il aurait rejoint la DGSE après avoir quitté ce dernier ministère en 2015, ce qui ne figure pas sur son curriculum vitae officiel. Mais l’Elysée n’est pas le seul lieu de pouvoir où des ex de « la Centrale » sont allés poser leur valise. C’est ainsi que, comme le relève Le Canard, la nouvelle ministre des armées s’est « toujours appliquée [...] à entretenir les meilleures relations avec les barbouzes qui hantent les chancelleries » [1]. Le choix de son directeur de cabinet confirme d’ailleurs cette attirance pour cette agence : Martin Briens, après avoir été directeur adjoint du cabinet de Laurent Fabius, a rejoint le siège parisien de la DGSE où il a occupé le poste de directeur de la stratégie. Comme le rappelle le journal satirique, si les liens entre diplomaties et barbouzes sont très anciens, c’est le premier ancien dirigeant de la DGSE qui se retrouve directeur de cabinet d’un ministre…

Quand à Le Drian, s’il n’a pu emmener avec lui son ancien bras droit Cédric Lewandowski, il embarque par contre Jean Claude Mallet. Cet ancien numéro 1 dans la hiérarchie du ministère de la Défense est ainsi aujourd’hui « conseiller spécial » de Le Drian et continuera de s’occuper des relations entre son patron et la DGSE dont il est très proche...

Les pro-business autour de Macron

Comme il l’avait annoncé, Macron ne se gêne pas pour recruter des « compétences » venues du privé… Comme l’a révélé La Lettre du continent (17/05), le nouveau Président est aussi très à l’écoute d’Hubert Védrine (ex-secrétaire général de l’Elysée en 1994). La politique africaine de Macron compte s’inspirer pour beaucoup du rapport « Un partenariat pour l’Afrique » qu’H. Védrine a publié en 2013, en collaboration avec le financier franco-béninois Lionel Zinsou (que Macron avait côtoyé à la banque Rothschild). Ce rapport avait déjà servi de référence pour Macron quand il était ministre de l’économie dans ses relations avec ses homologues africains. À ces anciennes connaissances se greffent déjà de nouveaux acteurs, comme par exemple l’avocat Jean-Pierre Mignard (un proche de F. Hollande). Celui-ci a ouvert à Emmanuel Macron ses réseaux algériens (LDC n°753), et il ne manquera sûrement pas de servir de relai avec différents Etats africains qu’il a conseillés par le passé (comme Djibouti, le Cameroun, le Tchad, etc.) ou encore des dirigeants ivoiriens [2].

Un Premier Ministre nucléaro-compatible

Si Areva n’était pas à ce point empêtré dans les scandales et les mécanos visant à sauver le groupe de la faillite, il pourrait se réjouir de la nomination du nouveau premier ministre. Edouard Philippe a en effet été directeur des affaires publiques du géant du nucléaire entre 2007 et 2010. Une enquête de Charlie Hebdo parue le 29 avril 2009 rapportait ainsi qu’au « au sein de la direction du groupe, un lobbyiste, Edouard Philippe, "chargé des relations avec les élus", sui[vait] les parlementaires chargés du Niger », au moment où certains commençaient à s’interroger sur les actions troubles du groupe dans le pays, sur fond de relations compliquées avec le régime Tandja et de rébellion Touarègue liée à l’absence de redistribution de la manne uranifère.

[1] Le Canard Enchainé "Le triomphe des barbouzes" 27/05/2017.

[2] Cf. Jeune Afrique 26/12/2014 ou le site de son cabinet d’avocats www.lysias-avocats.com

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