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Billets d’Afrique

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248 juillet-août 2015

Édito

Hollande au Cameroun

Le président français fait escale à Yaoundé le 3 juillet, après Cotonou et Luanda. Cette visite, après celle de l’année dernière au Tchad, confirme le renoncement de François Hollande à la moindre rupture dans la politique françafricaine.

Pourtant le Cameroun ne brille pas par son respect de la démocratie. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, s’est arrogé la présidence à vie lors de la dernière réforme constitutionnelle en 2008, qui entraîna des émeutes dont la répression fit plus de 150 morts. Il ne brille pas non plus par son respect des droits de l’homme. Une justice aux ordres condamne à de lourdes peines de prison ceux qui critiquent le pouvoir ou lui font de l’ombre. Déjà très limitée la liberté d’expression vient d’être réduite à néant par la nouvelle législation anti-terrorisme qui assimile le fait de manifester à un acte de terrorisme, puni de mort, et qualifie d’apologie du terrorisme toute critique du régime.

Mais le Cameroun est une pièce maîtresse de l’influence française en Afrique centrale. Si l’armée française n’y stationne pas officiellement, elle y gère depuis dix ans, conjointement avec le Cameroun, et finance annuellement à hauteur de 120 millions de CFA, une école supérieure internationale de guerre, qui forme les cadres supérieurs des armées d’Afrique francophone. Les officiers supérieurs français qui l’encadrent sont également conseillers techniques des chefs d’État-major de l’armée camerounaise. Cette armée, qui est aux prises avec les incursions de Boko Haram dans le Nord, se fournit en armements français.

Les multinationales françaises sont également très présentes au Cameroun, où elles exploitent les plantations, le bois et le pétrole. Bolloré possède toute la structure logistique de l’État camerounais, avec le port de Douala, et les chemins de fer, qui assurent la desserte terrestre vers le Tchad et la Centrafrique. Un consortium du groupe Vinci s’est vu attribuer, de gré à gré après annulation de l’appel d’offres, la construction du deuxième pont sur le Wouri, pour un coût de 120 milliards de CFA, avec 86 milliards de financements français (66 milliards de prêt AFD et 20 milliards de contrat de désendettement, plus une rallonge de 30 milliards pour les annexes), qui reviendront ainsi au bercail. Les Chinois proposaient de construire ce pont pour 65 milliards. Le franchissement du Wouri permet d’acheminer jusqu’au port de Douala la production des vastes plantations, notamment françaises, de la partie occidentale du Cameroun. L’opération est triplement gagnante pour les entreprises et capitaux français.

Dans ces conditions Hollande ne pouvait pas refuser à Biya la caution d’une visite amicale pour réparer l’affront de la préférence pour Déby manifestée l’année dernière. Une campagne anti-française avait alors été orchestrée par le pouvoir camerounais, qui criait au complot contre Biya. Il est vrai qu’il y a longtemps que les USA ne considèrent plus ce despote octogénaire, qui a laissé le pays se scléroser et qui s’est déchargé sur les Chinois du soin de le sortir du sous-développement, comme "the right man" pour ce bastion stratégique de l’Afrique Centrale. Sarkozy n’a jamais daigné y mettre les pieds. L’indéfectible soutien de la France allait-il manquer au régime qu’elle avait imposé dans le sang en 1960 contre la revendication nationaliste et dont Rocard était encore il y a peu le conseiller présidentiel attitré ? C’était mal connaître Hollande qui, en bon apparatchik françafricain, a fait retoquer par Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères, le sévère rapport parlementaire sur la politique africaine de la France qui blâmait ces accointances d’un autre âge.

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