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Billets d’Afrique

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242 - janvier 2015

Édito

Libéralisme ou cannibalisme ?

7 janvier 2015 par Odile Tobner

À travers les accords de partenariat économique qu’elle veut imposer aux pays ACP, c’est-à-dire essentiellement à ses anciennes colonies d’Afrique, l’Union européenne est en train d’organiser la destruction de la fragile économie de ces pays et de leurs chances de développement, préparant ainsi de futures vagues d’immigration massive vers les pays riches.

En fait de "partenariat économique", ces accords ne visent rien d’autre qu’à contraindre certains des pays les plus pauvres du globe à ouvrir totalement leur marché aux produits de l’UE et, à terme, à ses services. Ce serait là le premier exemple de zone de libre-échange comprenant les pays les plus inégaux sur le plan du développement. Il s’agit en fait d’institutionnaliser le lien colonial. Comme le rappelle Ernest Pekeuho, président du Bloc pour la reconstruction et l’indépendance économique du Cameroun, l’agriculture africaine, qui « constitue le pilier de l’économie africaine et le moyen de subsistance de la majorité de sa population, n’est protégée que par les tarifs sur les importations », les gouvernements africains n’ayant pas les moyens de la subventionner. Leur suppression privera les petits exploitants agricoles, qui « fournissent la plus grande partie de la production agricole du continent », du seul moyen de faire face à l’inondation des marchés africains par la production à bas prix d’une agriculture intensive et subventionnée. Que dire des chances d’un secteur industriel embryonnaire, face à une des industries les plus avancées du monde ? Dans le même temps, les États de ces pays seront privés de l’essentiel de leurs ressources budgétaires, constituées principalement par les taxes qu’ils prélèvent sur les importations. Ils n’auront d’autre recours que d’alourdir encore leur fiscalité interne, aggravant d’autant la situation économique de leur population.

Les négociateurs de l’UE prétendent que ce sont les règles de l’OMC qui commandent de substituer les APE au régime dissymétrique des conventions de Lomé, qui présidait jusqu’ici aux relations commerciales entre l’Europe et les pays ACP. Faux : l’OMC impose seulement à un pays développé qui accorde un régime tarifaire préférentiel sans réciprocité de l’étendre à l’ensemble des pays en développement ou à l’ensemble des pays les moins avancés et non seulement à une partie d’entre eux.

En vérité, les conventions de Lomé n’avaient guère profité à la production africaine, à laquelle l’UE a toujours opposé des barrières réglementaires. Mais cela ne suffit plus à une Europe en déclin qui, pressée par la concurrence des émergents, se précipite pour dévorer de plus faibles, au mépris de ses propres intérêts de long terme. En 2006, la délégation de l’Assemblée nationale pour l’UE estimait que « la mise en œuvre du libre-échange entraînerait un choc fiscal, agricole, industriel et sur la balance des paiements d’une telle ampleur pour nos partenaires, qu’il pourrait compromettre la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, alors que l’Afrique subsaharienne souffre, dans ce domaine, de retards si inquiétants qu’ils constituent une menace pour la paix et la stabilité internationales ». Elle ajoutait que « si les négociations se poursuivaient dans la même voie, l’UE commettrait une erreur stratégique, politique, économique et sociale à l’égard des pays ACP, qui se paierait par l’effritement d’une relation indispensable à la construction d’un monde plus sûr et plus juste et au rayonnement ainsi qu’au poids de l’influence européenne ».

Depuis dix ans, la société civile et une bonne partie de la classe politique de ces pays sont vent debout contre ces accords, parvenant à retarder la dévoration annoncée. Jusqu’à quand ?

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