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Billets d’Afrique

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237 - juillet août 2014

Édito

Le coup d’État permanent de l’armée d’Afrique

25 juillet 2014 par Odile Tobner

Sans surprise, le Gouvernement a mis fin, dès le premier haussement de sourcils de l’état-major des armées, à ses timides tentatives d’économie sur le colossal budget de la défense française. Éducation et recherche, aménagement du territoire, logement, justice, santé, sécurité publique : tout sera sacrifié au moloch militaire.

Les hauts gradés défendent d’abord les rentes que l’État français leur assure. En effet, si l’engagé de base est envoyé au feu sans disposer de l’équipement minimal, la Cour des comptes observe que «  le nombre d’officiers généraux est resté à peu près constant en dépit de la réduction du format des armées. L’armée de terre compte ainsi 176 généraux pour seulement 15 brigades à commander. Pour les 3468 officiers ayant un grade équivalent à celui de colonel, les commandements disponibles de régiments, de bâtiments de la marine et de bases aériennes sont au nombre de 150. » Ce budget considérable sert aussi à enrichir des sociétés privées dont les productions inutiles et coûteuses sont invendables sur les marchés extérieurs. Comment s’étonner dès lors qu’une industrie de la défense artificiellement dopée par la subvention automatique soit de moins en moins compétitive ?

On comprend que ces lobbies communient dans l’idéologie impériale. Les chefs d’état-major n’ont pas manqué de souligner que des coupes budgétaires mettraient en péril la « capacité de projection » de nos armées. Il semble aller de soi que la France doit rester la troisième puissance militaire [1] et le deuxième pays au monde, après les USA, en nombre de soldats déployés hors du territoire national, forces concentrées quasi exclusivement en Afrique francophone. L’exception militaire française est si invétérée qu’elle s’impose comme un objet sacré, au-dessus de tout examen officiel. Les guerres d’Indochine et d’Algérie, défaites militaires, échecs politiques et désastres humains, se sont prolongées en un long cycle d’errements aux conséquences délétères. Ainsi la guerre cruelle menée contre le mouvement nationaliste camerounais, de 1956 à 1963, vit se perpétrer maints Oradour, dans le seul but d’installer un régime qui a conduit le pays à la ruine. Quant à l’action militaire de la France au Rwanda, la nécessité de tirer le bilan de ce qui a conduit la France à tremper dans ce génocide se heurte à un bloc de dénégation inexpugnable. L’évaluation des dix ans de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire n’est pas davantage à l’ordre du jour. Tous les rouages gouvernementaux, parlementaires, judiciaires de l’État français sont mobilisés pour maintenir l’opacité sur les épisodes de Bouaké, de l’hôtel Ivoire ou de l’affaire Mahé. Pourquoi l’opération Epervier au Tchad dure-t-elle depuis 1986, pour quel résultat sinon pour le maintien du pays sous la coupe d’un pouvoir tyrannique et sanguinaire ? Etc.

Les interventions en cours au Mali et en Centrafrique n’ont permis aucune évolution favorable des maux qu’elles prétendaient guérir. Serval a conforté les antagonismes maliens au lieu de les résoudre. Sangaris a attisé l’incendie qui consume le pays. L’enlisement d’une pauvre France qui n’en peut mais dans ces opérations absurdes est probable. Le seul espoir est qu’il permette à notre pays, comme le désastre angolais l’a permis au Portugal, d’échapper enfin au vampirisme des fanatiques des guerres d’Afrique.

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