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Le travail n’est pas une marchandise...

7 juillet 2006 par François Lille, Odile Tobner

Le travail n’est pas une marchandise !

extrait de "À l’aurore du siècle où est l’espoir ?", pages 84 et 85

Le travail, revenons à Polanyi, n’est pas un « facteur de production » banal ni une « ressource » marchande du capital, mais une « part socialisée du temps de vie de chacun ». Le libérer progressivement du marché frelaté qui en organise - à l’inverse des autres marchés - la surabondance et le bas prix n’a rien d’utopique. En arriver à poser le principe que la force de travail n’est pas une marchandise pourrait avoir le même poids, à l’aune du progrès humain, que jadis l’interdiction de l’esclavage, dont certaines pratiques actuelles semblent nous rapprocher dangereusement.

La démarchandisation du travail, c’est ce que préfigurait le passage du contrat précaire à des statuts stables, partiellement entamé dans la phase capitaliste précédente, et dans lequel les services publics ont souvent joué un rôle pilote. Ce disant, nous pensons à toute une gamme de statuts, de celui des intermittents du spectacle à celui plus classique des fonctionnaires en passant par celui dockers, des marins, tous systématiquement attaqués à notre époque. Les biens publics mondiaux ne pourraient-ils pas devenir un des champs privilégiés de test de statuts alternatifs organisant la liberté de choix et de changement tout en diminuant la précarité ?

La crise maintenant permanente du capitalisme triomphant sert de moteur et d’alibi à d’inquiétantes régressions. Face à cela, la justice sociale est un bien mondial. Le droit du travail doit être le vecteur de son extension planétaire et de sa perpétuation dans le temps, pour briser la dynamique perverse du dumping social. Ses bases existent, déjà bien développées depuis 1920 dans le cadre institutionnel de l’Organisation internationale du travail, intégrée à l’ONU à sa création. Leur application généralisée ne tombera cependant pas du ciel !

Le transport maritime international offre le cas le plus avancé d’un marché sectoriel du travail mondialement dérégulé, mais aussi de la résurgence de résistances ouvrières à cette échelle. Et dans le même temps la construction du droit mondial du travail maritime se poursuit, sous l’égide de l’OIT (Organisation internationale du travail). La force de travail n’est décidément pas une marchandise comme les autres ! Un de nos derniers livres* développe cet exemple .

L’expérience des conflits ouvriers est pourtant encore vivace. Le syndicalisme international, appuyé sur ce qui est plus qu’un embryon de droit mondial, peut se renforcer, appuyé sur ses racines anciennes, à l’instar de l’ITF (Fédération internationale des travailleurs du transport) . Souhaitons que les syndicats du « Nord » embraient résolument là-dessus, pour ne pas s’épuiser dans des combats en recul, dans lesquels ils doivent parfois oublier des principes fondamentaux pour sauver quelques emplois, sans avenir... Ce n’est pas abandonner les luttes locales, nécessaires et essentielles, que de les appuyer sur un combat mondial. C’est au contraire reprendre le chemin prometteur de la démarchandisation du travail !

François Lille

* "Transport maritime, danger public et bien mondial", François Lille, Raphaël Baumler, Editions Charles Léopold Mayer, septembre 2005, 16 €, 413 pages.

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