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En Tunisie, Ben Ali étouffe tout souffle de liberté

7 septembre 2005 par Guillaume Olivier

Libération, France, 7 septembre 2005.

On a laissé Ben Ali préparer à sa manière le SMSI. La répression s’intensifie contre militants des droits de l’homme, magistrats et journalistes.

Rien n’aura réussi à troubler la détermination du président Zine Ben Ali. La justice de son pays a « suspendu », lundi, la tenue du sixième congrès de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), prévu du 9 au 11 septembre, lui interdisant aussi toute activité préparatoire. Une « décision politique dans un habillage judiciaire », selon le président de la Ligue, Me Mokhtar Trifi.

La LTDH, implantée dans tout le pays, est une organisation indépendante et pionnière en Afrique et dans le monde arabe. Elle ne peut que susciter le courroux d’un chef de l’Etat obsédé par la sécurité. Dans le désert politique tunisien, elle est devenue un point de ralliement et le passage obligé de toutes les initiatives afférent aux droits de l’homme et aux libertés.

Ni les assauts de la police ni les tracasseries judiciaires ­ auxquelles la Ligue est soumise depuis des années, et plus encore ces derniers mois ­ n’ont réussi à émouvoir les « partenaires étrangers » de la Tunisie et à convaincre leurs chancelleries d’intervenir en sa faveur. « On a laissé Ben Ali préparer à sa manière le sommet mondial sur la société d’information (placé sous l’égide de l’ONU et prévu en novembre à Tunis) », s’insurge-t-on à la Ligue.

Infiltrés. Un vieux bras de fer oppose le pouvoir à la LTDH : tentative de créer une ligue concurrente en 1987, gel de ses activités en 1992, campagne virulente contre sa direction en 2000, asphyxie financière, black-out médiatique, interventions policières pour empêcher des congrès locaux, harcèlement judiciaire... « Neuf procédures sont en cours, sans compter celles annoncées dans les médias officiels avant même d’être introduites en justice », dit un militant. Lundi, la dernière en date aura abouti à interdire le fameux congrès. « Un jeu d’enfant pour les autorités, selon ce militant. Des membres du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique, au pouvoir, ndlr), présents dans la Ligue, contestent systématiquement les décisions de son comité directeur et se voient, comme par hasard, ouvrir les colonnes de la presse pourtant soumise à un contrôle tatillon. »

Dès l’annonce de la date du congrès, ces contestataires, soucieux d’en suspendre les préparatifs, ont ainsi assigné le comité directeur à comparaître en référé. « La Ligue a rejoint l’opposition », accuse l’un d’entre eux, cité par l’AFP. De son côté, le pouvoir jure « n’avoir rien à faire avec les affaires intérieures » de la LTDH. Le refoulement du tribunal de Me Sidhem Poulain, avocate française mandatée par la Fédération internationale des droits de l’homme, semble le contredire.

Museler. Cette énième offensive à l’encontre de la Ligue s’inscrit dans une volonté de museler toutes les associations autonomes de la société. « Onpouvait espérer que Ben Ali tenterait de donner le change à la veille du sommet sur l’information. Il fait exactement le contraire en ajoutant du verrouillage au verrouillage », remarque un diplomate. L’Association des magistrats tunisiens dénonce des mesures visant à la dissoudre : mutations-sanctions de plusieurs de ses membres, intensification de la surveillance policière et changement des serrures de son local au palais de justice. L’association paye ses prises de position sur un projet de réforme du statut des magistrats et les élections au Conseil supérieur de la magistrature. Mêmes tracas contre le nouveau Syndicat des journalistes tunisien : son congrès constitutif a été interdit. « A Tunis, résume un juge français, les rues sont propres, ça construit partout, les touristes sont là mais personne ne doit lever la tête. »

Par José GARÇON

© Libération

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