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"Comment parvenir à changer nos systèmes de pouvoir en Afrique ?"

17 avril 2005 par Antoine Bangui

Comment parvenir à changer nos systèmes de pouvoir en Afrique ? par Antoine BANGUI (ancien opposant tchadien) lors de la conférence de presse organisée le 12 avril 2005 par Survie et Agir Ici pour la publication du Dossier noir de la politique africaine de la France n°20 : Le Togo, de l’esclavagisme au libéralisme mafieux.

Introduction

L’étude réalisée par Gilles Labarthe sur la dictature au Togo peut également s’appliquer, à quelques détails près, à la plupart des pays africains situés au sud du Sahara qui ont bénéficié au moment de leurs indépendances respectives de la même administration léguée par l’ancienne puissance coloniale et de cadres constitutionnels calqués les uns sur les autres. Rappelons néanmoins que le Togo et le Cameroun étaient jusqu’à leur indépendance des territoires placés sous protectorat des Nations Unies. Les ex-colonies françaises sont devenues indépendantes au cours de l’année 1960 lorsque la France décida de les décoloniser.

En principe souverains de droit, ces nouveaux Etats francophones avaient accepté, par des accords de coopération, de bénéficier du bouclier protecteur de l’ancienne puissance coloniale afin de mieux assurer leur souveraineté extérieure. Cela avait dû apparaître de part et d’autre d’autant plus nécessaire que dans les années soixante la guerre froide sévissait sur la planète. Les jeunes Etats indépendants se trouvaient ainsi tiraillés entre les différentes idéologies propulsées par les grandes puissances. Celles-ci protégeaient jalousement les Etats relevant de leur zone d’influence en mettant tout en œuvre pour éviter de les voir basculer dans le camp de l’adversaire. En outre, durant cette même période, le panarabisme professé par le colonel Gamal Abdel Nasser et le panafricanisme de N’Kuame Krumah les inquiétaient car elles craignaient qu’ils ne provoquent des bouleversements profonds dans le système géopolitique du continent africain. Chaque puissance cherchait donc à conserver toute son influence. Il leur apparaissait alors prudent, et somme toute logique dans l’esprit néo-colonisateur de l’époque, de placer à la tête des jeunes pays des personnalités leur semblant favorables, voire malléables, dans le seul objectif de défendre leurs intérêts stratégiques, économiques et diplomatiques. Pouvait-on dès lors parler d’indépendance réelle des jeunes Etats ? Sûrement pas puisqu’ils étaient utilisés à des fins dont les bénéfices revenaient surtout aux ex-puissances colonisatrices. Tout était bon pour défendre ces intérêts-là !

On n’hésita pas à ouvrir la boite de pandore des vieux démons du tribalisme et les tensions religieuses sous-jacentes que des ethnologues coloniaux s’étaient chargés de répertorier. Le venin distillé dans des oreilles complaisantes fit des ravages. Les tribus furent opposées les unes aux autres. Ainsi, pour faciliter l’avènement d’un dictateur aux ordres, les composantes ethniques nationales furent manipulées et ne tardèrent pas à exploser. Le travail de sape fut facilité par le manque d’esprit critique des populations habituées à obéir sous une colonisation étouffante et le taux élevé d’analphabétisme. Il fut alors facile de crier au loup ! Les quelques leaders susceptibles d’amener à une cohésion nationale, voire élargie aux sous-régions, furent écartés, assassinés parce qu’ils gênaient des ambitions et une politique néo-colonialiste.

Les dictatures et leurs conséquences

Il nous faut donc rendre à César ce qui appartient à César et faire la part des responsabilités dans la situation de catastrophe où se trouve actuellement la plupart des pays du continent africain.

Les jeunes nations étaient dites « indépendantes » alors que prévalait, et se poursuit jusqu’à notre époque, un esprit néo-colonialiste plus pernicieux et plus ravageur que le colonialisme proprement dit. Il ne s’agit plus d’administrer des territoires dits indépendants mais essentiellement de contrôler par l’intermédiaire des multinationales les matières premières stratégiques et d’assurer aux puissances dominantes des positions stratégiques et diplomatiques. Il nous faut donc stigmatiser ceux qui tirent les ficelles et propulsent tel ou tel bonhomme, « maître » d’un pays, sans se soucier de son avenir politique et économique, sans se préoccuper de la vie de misère et de renoncement des populations sous le joug ! C’est ainsi qu’en Afrique post-coloniale ont été choisis et installés durablement des « amis ».

Durant les 30 premières années de l’indépendance, les manipulateurs utilisèrent les coups d’Etat pour opérer les changements souhaités à la tête des Etats. Ainsi furent promus au titre de président des militaires, pour la plupart sous-officiers dans l’armée coloniale ! Mais au fil des années, les pouvoirs militaires se sont renforcés en passant des mains des généraux à celles des colonels, puis des capitaines, voire des caporaux que les parrains ne peuvent plus contrôler. Qu’importe alors si la vie des peuples prend des tournures de plus en plus dramatiques, si le tissu économique et social progressivement se détériore !

Prises en étau entre la terreur militaire et le délabrement économique, les masses populaires se résignent et cherchent au cœur de ce chaos, qui modifient profondément leurs modes de vie et leurs références culturelles, d’autres sources d’espérance : les religions ou les diverses sectes religieuses. Celles-ci trouvent alors un terrain favorable à leur extension, voire leur intégrisme. En Afrique on devient de plus en plus religieux et ce n’est pas sans danger dans ces régions où depuis des siècles coexistaient pacifiquement de multiples croyances. Guerres, combats, affrontements se multiplient dont les prétextes sont mal définis mais dont les populations civiles sont les premières victimes !

Force nous est d’admettre que le jeu subtil des parrainages, des pressions et des influences pratiqué par les nations puissantes se révèle extrêmement préjudiciable pour ces Etats émergeants. Les peuples paient très cher le prix d’une politique de liens privilégiés noués au sommet entre les très hauts responsables des Etats, associée au concept de stabilité, souvent arrosée en espèces sonnantes et trébuchantes et en fournitures d’armes ! Cela se traduit par une misère aggravée, l’absence de toute vie démocratique, le non-respect des droits de l’homme, les répressions et in fine, la mort ou l’exil de centaines et de milliers de ressortissants, des intellectuels qui auraient été fort utiles à leurs pays. Il va sans dire que cette politique-là rend difficile le libre choix des dirigeants.

Qu’importe ! Les nouveaux potentats, présidents de pays miséreux, pudiquement appelés « en voie de développement » mais jamais développés, sont reçus somptueusement au cours des visites officielles. Officieusement, c’est pire ! Ils nouent des liens privilégiés sinon amicaux avec certains responsables et milieux d’affaires de l’ancienne métropole qui les ont aidés à conquérir le pouvoir. Hormis les aides de moindre importance qui se négocient au niveau inférieur, les grands dossiers de caractère stratégique se traitent directement au sommet, en dehors des représentations parlementaires nationales.

L’on est en droit de se demander si les soutiens financiers, militaires et diplomatiques dont jouissent les despotes africains en dépit des maux dont souffrent leurs populations et qui ont pour noms sida, paludisme, analphabétisme, destruction de l’environnement peuvent encore perdurer après plus de 40 années d’indépendance de nos Etats ? Aucun de ces dictateurs, de leur vivant, véritables monarques absolus entourés d’honneurs et de richesses, ne tirent les leçons des fins lamentables de Mobutu, de Bokassa et au-delà du continent africain, de l’assassinat en direct du génie des Carpates : Ceausescu.

A la décharge de ceux qui ont voulu imposer une politique néo-colonialiste dans les pays à peine décolonisés, je pense que les résultats dépassèrent les objectifs ! On ne s’attendait sûrement pas à pareils désordres, à une telle déstabilisation des régions et sous-régions, à ces dictatures féroces et sanguinaires, à cette misère qui en découla et j’ose dire à ces génocides négligés, passés sous silence parce qu’ils apparaissent inopportuns pour la poursuite d’une certaine politique extérieure. Sont malheureusement nécessaires beaucoup de charniers découverts, quantités d’images épouvantables, nous apparaissant à nous qui sommes directement concernés trop souvent entachées de mépris, pour parvenir à émouvoir des gens lointains et mal informés !

En Occident, loin de ces terres pauvres, bien utiles pour leurs matières premières plus encore que par leur position stratégique, et pourtant méprisées, peu de responsables s’émeuvent du sort des populations en survie, dénoncent les dérives de ces dictatures de plus en plus dures et durables, le vol éhonté par ces nouveaux potentats des ressources de leur pays alors que parallèlement se multiplie la dette extérieure ! Corruptions, prévarications, oligarchies érigées en système sont benoîtement admises par les puissants « parrains », rarement évoquées par les médias sauf lorsqu’elles atteignent des démesures difficilement escamotables ou encore qu’elles finissent par gêner, non pas l’éthique, la morale politique ou le bon sens humain, mais d’autres intérêts !

Par ailleurs l’économie fragile du continent africain a été fortement déstabilisée quand s’est opéré au début des années 90 le grand virage décidé par la communauté internationale. Dans tous ces pays, sous l’impulsion de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, on a effectué une libéralisation des économies nationales, la dévaluation du franc CFA, les privatisations des entreprises et des établissements publics. Les grandes sociétés d’Etat ont été cassées. Au nom de la réduction des dépenses publiques, les secteurs sociaux, notamment les systèmes éducatif et sanitaire, qui avaient été péniblement mis en place et fonctionnaient petitement mais sûrement, se sont vite dégradés faute de moyens et parce qu’ils ne paraissaient pas essentiels à l’économie de marché. Devant un tel constat, il faut se demander où se situent les priorités pour un réel développement des pays pauvres ? Par ailleurs, pourquoi les fonctionnaires des institutions internationales qui exercent de telles pressions sur ces économies fragiles, se soucient si peu des sommes énormes déposées dans les banques étrangères par les dirigeants dictateurs dont les montants atteignent ou parfois dépassent les montants de la dette extérieure de leur pays !

J’appartiens à une région, l’Afrique centrale, très riche en pétrole et autres matières premières. Malheureusement, les pays qui la composent restent pauvres. Est-il concevable que la République Démocratique du Congo, l’ex-Zaïre, soit comptée parmi les pays les plus pauvres de la planète ? Face à ce classement, dans toute cette région du continent africain pas un seul gouvernement démocratique ! Cela devrait amener à se poser des questions !

Contrairement à l’Afrique de l’ouest où existent quelques îlots de démocratie, l’ancienne Afrique Equatoriale Française détient la palme des gouvernements liberticides ! Au Togo, la dictature est connue pour la longueur de son règne. Au Tchad, c’est la succession des dictateurs qu’il faut prendre en compte. Tombalbaye a passé 14 ans dans son fauteuil présidentiel ; le général Malloum n’y est resté que 6 ans ; Hissein Habré de terrible mémoire a maintenu dix ans le pays dans sa poigne sanguinaire et en fuyant, poussé par son ami et rival Idriss Déby, il s’est hâté d’emporter toute la caisse de l’Etat ! Aussi, vit-il dans l’aisance au Sénégal. Il devrait être jugé pour ses crimes. On attend toujours et ses sbires sont toujours en exercice au Tchad où ils servent son successeur ! Celui-ci, le plus malin sans doute et le plus aidé, bat tous les records de longévité au pouvoir ! Quinze ans à la fin de 2005 ! Son fils lui succédera car ce sont des dynasties qui tendent à s’implanter en Afrique ! On l’a vu au Congo-Kinshasa, au Togo ! On le verra au Tchad ! Déby se prépare à modifier la constitution pour devenir, comme Mobutu ou Bokassa, président à vie ou éventuellement, passer la main à un membre de sa famille. Comme à son arrivée il avait trouvé les caisses de l’Etat vides, il se hâta de faire marcher la planche à billets en utilisant les services de faussaires argentins ! Il fallut ensuite convoyer ces masses de faux billets au Tchad ! L’affaire a été effectivement portée devant les juridictions internationales. Où en est l’instruction ? Je pense qu’elle restera en sommeil tant que ce président protégé sera au pouvoir. C’est de surplus une épée de Damoclès qui peut se révéler très utile pour l’intimider et l’aider à prendre « les bonnes décisions ».

Changement de cap mais politique identique

A la longue, grâce en partie aux dénonciations répétées de quelques justes comme François-Xavier Verschave et son équipe, les opinions extérieures ont fini par s’émouvoir de ces coups d’Etat aboutissant à de durables dictatures militaires. Elles chatouillaient les consciences. Peut-être également se rendait-on compte qu’elles parvenaient par leurs effets induits à avoir un certain impact sur la politique intérieure des puissances dominantes. Il fallait donc donner le change. La conférence de la Baule en juin 1990 arrive à point ! Désormais les accès au pouvoir seront modernisés ! On « initiera » des démocraties à la sauce africaine ! Reconnaissons pourtant que la conférence de la Baule a néanmoins apporté un formidable bol d’oxygène aux pays africains en permettant le développement prodigieux des organisations de la société civile. Elles sont déjà un pas important vers le changement. Mais nous espérions beaucoup plus !.

Pour laisser croire à l’opinion internationale qu’on joue le jeu de la démocratie, on laisse exploser une certaine presse indépendante, on admet la pluralité des opinions avec de nombreux partis politiques, dont beaucoup sont sous-marins pour mieux relayer celui du pouvoir en place. Mais déjà il y a inégalité et fraude puisque celui du président bénéficie d’une masse importante de moyens financiers, de médias, dont la radio entendue partout dans le fin fond du pays et que les autres doivent survivre avec les moyens du bord en dépit des promesses de legs égaux pour tous et qui ne sont versés qu’aux fidèles ! Tout est d’avance pipé.

Blanchir les pires dirigeants, les laver de toute cette crasse en prétendant qu’ils sont les élus de leurs populations ! Alors vivent des élections truquées ! Des dictateurs reconduits « démocratiquement » à la tête de leur pays ! Des parlements à la botte ! Moi, je sais comment au Tchad ont été faites ces élections ! Je sais et j’ai dénoncé la fraude électorale qui a permis la victoire du président Deby et l’élection d’un parlement à ses ordres ! Je sais et personne au Tchad et ailleurs n’ignore les subtils découpages électoraux préalablement faits, les faux électeurs recrutés au-delà de nos frontières, les phases d’intimidation où s’est mis en place le jeu de la carotte et du bâton, les achats des consciences hésitantes avec des liasses de billets vrais et faux, l’utilisation frauduleuse du matériel de l’Etat et à la finale le formidable bidouillage sur ordinateur où ont été falsifiés tous les chiffres ! Voilà ce qu’ont été les élections au Tchad ! Cette énorme tricherie a été faite contre la volonté du peuple tchadien ! Il n’a pu en aucune manière contester les scrutins ! Sur place, face aux foules en colères, des hommes bien armés veillaient à la paix, à la stabilité ! Les hommes du président ! De son clan ! Ils avaient tout à y gagner !

C’est de cette manière que se dérouleront également les prochaines élections présidentielles au Togo. Les mécanismes de fraude ont été rôdés ailleurs et ont fait leurs preuves. Le système militaire est en place, l’argent aussi. Mais si comme au Tchad, les populations trahies n’auront rien à dire et devront subir de gré ou de force un pouvoir honni, tous les tapis rouges déroulés sous les pas du faussaire ne redoreront pas son blason et n’en feront pas pour autant un président élu démocratiquement par son peuple !

Pourtant forte est l’humiliation que je ressens pour les miens et également pour ceux qui aident à de telles forfaitures ! Je voudrais pouvoir comprendre leurs raisons. Pourquoi misent-ils ainsi sur nos dictateurs et remettent-ils en cause leur propre intégrité ? Une telle attitude relève du mépris, de la négation des droits et des libertés que les êtres humains qui forment nos populations sont en devoir d’attendre. Bernés, méprisés, malmenés, bons pour produire, ce sont des esclaves modernes et cet esclavage-là est admis, conforté.

La façade démocratique affichée par ces élections truquées s’effondre lorsqu’on sait que les parlements ne sont même pas consultés sur des décisions essentielles ! Pour ne citer que l’exemple du Tchad, une partie de son armée a été envoyée à plusieurs reprises sur les théâtres d’opération extérieures, au Congo-Kinshasa et au Congo-Brazzaville, sans que son assemblée nationale en ait été même informée. Combien de militaires tchadiens ont-ils ainsi été tués ? On n’en a rien su !

Il y a plus grave. Comment une armée nationale, donc appartenant à la nation toute entière et non à un homme fut-il président-général chef de cette armée, peut-elle intervenir dans un pays voisin indépendant ? C’est ce qui est arrivé en République centrafricaine ! Le coup d’Etat militaire qui a renversé le président Patassé en 2003 a été initié par le président du Tchad, les mutins soutenus par l’armée du Tchad ! Personne dans la sous-région n’a protesté . Le peuple tchadien n’a évidemment pas été consulté pour ce genre d’opération ! Et pourtant, après le succès du coup d’Etat n’a-t-on pas entendu le président Idriss Déby déclarer lui-même : « Je suis le président de deux Etats » ? Mais je demande : Quelles sont les médias, en France, qui ont dénoncé cette forfaiture ? Révélé les dessous du coup d’Etat ? Evoqué les accords passés entre les dictateurs pour perdurer ?

En corollaire, les partis politiques perdent leur combativité ou sont carrément réduits à néant. Ils prônent le changement mais ne sont plus en mesure de galvaniser les masses populaires découragées.

En attendant, les mécontentements grondent sourdement, des rébellions éclatent. Les marmites tropicales bouillonnent sous de très fortes pressions. Les mouvements d’opposition se créent sans beaucoup d’espoir de faire changer le cours d’une histoire pré-orientée.

Pot de terre contre pot de fer ? Ils sont pourtant là pour exprimer ce que les populations ne peuvent dire et l’histoire nous apprend que les murs les plus solides tombent un jour ou l’autre, que ceux qui soufflent sur les cendres où couvent les braises de la colère risquent de tout embraser, de détruire au-delà de l’imaginable. Ce n’est pas ce que nous voulons : des incendies dévastateurs déstabilisant des régions entières ! Nous en appelons à la conscience des uns et des autres ! Il faut qu’ils comprennent, mais ne le savent-ils pas ? que cette stabilité maintenue par la force n’est qu’illusoire !

Les dictateurs qui se croient immortels en ont conscience eux qui prennent la précaution d’exiler leurs fortunes mal acquises dans les paradis fiscaux occidentaux croyant ainsi mettre leurs familles à l’abri ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes : que les pays les plus misérables de la planète parviennent par ce biais, et bien d’autres, à enrichir les plus prospères !

Ainsi, se révèlent de bien étranges amitiés quand au cours de procès retentissants, non pas dans ces pays sous le joug, mais dans ceux où la justice se veut indépendante, sont mis à jour les liens douteux qui unissent les acteurs politiques et financiers et qu’est révélée une économie souterraine où la corruption joue le plus grand rôle pour l’appropriation des richesses nationales des nations répertoriées en queue de peloton quant à leurs revenus par tête d’habitants !

Les outils du changement

Mais rien n’est durablement statique. Le monde change en dépit de tous les dictateurs et de ceux qui les soutiennent ! L’ écroulement de nombreuses dictatures tant en Europe qu’en Amérique du sud, la chute de l’apartheid en Afrique du Sud, l’apparition de quelques îlots démocrates en Afrique , avaient suscité de nombreux espoirs chez les autres peuples encore sous la botte. Il y avait eu les conférences nationales ! On croyait tous au changement. Mais on l’attend encore !

Pourtant, après plus de quarante années d’indépendance, il apparaît anachronique que se maintiennent encore en place de tels régimes dictatoriaux, sanguinaires et corrompus, n’ayant aucun sens des responsabilités nationales et pas le moindre respect pour leurs populations !

Les situations politiques, économiques et sociales créées par ces dictatures sont bien connues des spécialistes occidentaux. Mais le grand public ignore tout des manipulations souterraines, de ces élections truquées, des causes réelles de la détresse de nos concitoyens. On ne leur montre que des images, bien réelles hélas, des grands fléaux qui frappent notre continent : le sida, la famine, la dégradation de l’état sanitaire et du système scolaire, la destruction de l’environnement. On ne leur explique pas les causes profondes d’un pareil délabrement et cela entretient des clichés, une certaine forme de mépris et de racisme envers « ces gens » qui au vingt et unième siècle ne parviennent pas encore à se sortir de leur pauvreté et face à cette société de surconsommation occidentale, survivent misérablement. Pourtant des femmes et des hommes de tous horizons secouent l’indifférence des uns et des autres en organisant des manifestations de solidarité, en parlant « autrement » de nos concitoyens, eux qui n’ont pas droit à la parole !

De nombreux Africains qui souffrent et se sentent démunis, impuissants, dépourvus en outils capables d’extirper ces maux enracinés dans leurs terres se sentent soutenus dans leurs luttes par le travail d’investigation et de sensibilisation réalisé à titre individuel ou par des associations telles que Agir ici, Survie. Dans le même ordre d’idées, il convient de citer également Amnesty International ainsi que les organisations de défense des droits de l’homme, qu’elles soient internationales ou nationales. Les dictateurs africains, sourds à leurs opinions publiques prêtent une oreille attentive aux dénonciations de l’extérieur parce qu’ils savent qu’elles peuvent générer des pressions et des sanctions risquant d’entraîner la chute de leur pouvoir et leur propre mort.

Nous ne répéterons jamais assez que dans la conjoncture actuelle, où l’on connaît l’impact des médias et le rôle des opinions et des manifestations populaires, que ces investigations, ces dénonciations de dictatures honteuses et sanguinaires, ces appels à la conscience internationale, à une justice interplanétaire, sont des outils essentiels pour infléchir des politiques axées sur le profit et des stratégies d’influences et de corruption afin que puissent émerger des démocraties en Afrique.

Parallèlement à ces actions, il est nécessaire que s’instaure une concertation des partis politiques d’opposition au niveau de chaque sous-région en proie à ces régimes d’un autre âge. La réflexion devrait porter sur les différentes possibilités d’alerter les opinions, le recensement des organisations capables d’apporter leur soutien à la lutte contre ces systèmes politiques, ces pouvoirs exorbitants et inhumains. Des ateliers pourraient se mettre en place où seraient étudié les sources de conflits, où seraient évalué les cultures et les modes de fonctionnement des différentes composantes ethniques nationales et interrégionales afin de leur permettre de mieux vivre ensemble, de constituer un tissu social solide et solidaire seul capable d’assurer avec le renforcement des structures éducatives les démocraties futures.

Il est évident que cela ne se fera pas du jour au lendemain ! Mais je persiste à penser que l’éducation, la valorisation des cultures nationales, le respect de l’humain dans sa diversité sont les premiers outils de cette démocratie que tous attendent sans toujours en connaître les fonctionnements, les droits qu’elle donne et les devoirs qu’elle implique.

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