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Les actionnaires du groupe Bolloré accueillis avec des poissons pourris

1er juin 2017 par Survie

La multinationale est épinglée par des ONG pour ses parts dans la Socfin, une holding luxembourgeoise qui pollue les rivières, bafoue les droits humains et refuse le dialogue. La colère des sans-terre s’est invitée à l’Assemblée générale des actionnaires du groupe, et Vincent Bolloré s’est cette fois-ci engagé à l’écouter.

Venus ce jeudi 1er juin à partir de 8h30 à l’Assemblée générale pour apprécier les résultats financiers du groupe Bolloré, les actionnaires ont été confrontés aux conséquences sociales et environnementales des investissements du groupe. Une coalition d’organisations françaises et internationales (Attac, ReAct, Sortir du colonialisme, GRAIN, Confédération Paysanne, ActionAid France, Survie, etc.) et sept associations de ressortissants africains (camerounais, ivoiriens, libériens, congolais) ont organisé un comité d’accueil avec des poissons pourris et d’autres symboles des rivières polluées, des terres accaparées et des droits bafoués des communautés locales. Parallèlement, quelques militants, par ailleurs actionnaires du groupe Bolloré, sont intervenus à l’intérieur de l’Assemblée générale pour demander à Vincent Bolloré de s’expliquer sur le non-respect de ses engagements pris en 2013 et en 2014.

« Bolloré - Socfin - paysans : sans dialogue, pas de paix  » est un des messages que pouvaient lire les actionnaires ce jeudi matin sur les banderoles déployée par les manifestants devant la tour Bolloré. « Vincent Bolloré ne respecte pas les promesses qu’il a faites, il investit tous azimuts puis réfute sa responsabilité vis-à-vis des populations impactées par ses investissements. Nous craignons que sa prise de contrôle de Canal+ et de différents médias en France ne contribue encore à étouffer les voix comme les nôtres qui contestent ses pratiques » explique Emmanuel Elong leader du Syndicat des paysans riverains au Cameroun (Synaparcam).

A l’intérieur de l’AG, deux questions ont pu être posées devant les actionnaires concernant les conflits fonciers avec la Socfin et la rupture du dialogue avec les communautés riveraines. Vincent Bolloré s’est ensuite personnellement engagé auprès d’une représentante de la coalition d’organisations à oeuvrer pour le rétablissement de ce dialogue entre la Socfin et les représentants des riverains des plantations.

Rappel

Le groupe Bolloré est actionnaire à 38,75% de la Socfin, une holding luxembourgeoise spécialisée dans les plantations de palmiers à huile et d’hévéas. Depuis 2008, les expansions de ces plantations sont continues. Les surfaces plantées des sociétés africaines (RDCongo, Liberia, Cameroun, Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Nigeria) de la Socfin sont passées de 129 658 à 185 324 ha entre 2009 et 2015, soit une augmentation de plus de 40% qui s’est faite le plus souvent au détriment des communautés locales. Rivières polluées au Cameroun mettant en danger la santé des populations, enfants privés d’école au Liberia, défenseurs des droits emprisonnés en Sierra Leone, les griefs relayés par les ONG sont nombreux. Confrontées aux directions locales de la Socfin qui refusent la plupart du temps de reconnaître leurs associations, elles ont fondé une Alliance internationale des riverains des plantations Socfin/Bolloré avec l’appui de l’ONG ReAct. Leurs revendications : que Bolloré assume ses responsabilités et amène la Socfin à accepter le dialogue en vue de rétrocéder les terres considérées comme espace vital aux villageois riverains et de respecter leur droit à des compensations sur l’accès à la santé, à l’eau ou à l’électricité.

Vincent Bolloré avait ouvert la porte du dialogue puis il l’a brutalement refermée. Il se justifie par un « statut d’actionnaire minoritaire non gestionnaire ». Dans une lettre envoyée à l’Alliance des riverains, Vincent Bolloré explique que la Socfin « est une société responsable », que ses dirigeants « ont toute sa confiance ». La réponse des riverains : « vous arguez d’une totale confiance en la Socfin sur la seule base des informations qu’elle vous transmet. Mais vous ne pouvez pas encaisser les dividendes de la Socfin et nier votre propre responsabilité dans la souffrance endurée aujourd’hui par des milliers de personnes impactées par les plantations industrielles ».

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