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Sylvie Goulard puis Jean-Yves Le Drian en Egypte : pas de « moralisation » pour la diplomatie française et les ventes d’armes

8 juin 2017 par Survie

Le gouvernement renouvelle pleinement la complicité dont jouit le régime criminel Abdel Fattah al-Sissi : coopération sécuritaire et contrats d’armement apparaissent déjà comme les boussoles de la « nouvelle » diplomatie française.

Après le déplacement de la ministre des Armées Sylvie Goulard pour assurer le régime égyptien d’al-Sissi de la perpétuation du soutien français, lundi [1], c’est au tour de Jean-Yves Le Drian, dans son nouveau costume de ministre des Affaires étrangères, de se rendre au Caire ce jeudi. Passé au Quai d’Orsay après cinq années au ministère de la Défense, où il a négocié pour plus de 6 milliards d’euros de contrats d’armement avec l’Egypte, Jean-Yves Le Drian va être reçu en ami. Le « ministre de l’Afrique » de François Hollande avait été, à la fin du quinquennat, décoré par le dictateur Sissi de « l’ordre de la République de la première catégorie, en reconnaissance de ses efforts et sa contribution à l’essor sans précédent de la coopération militaire entre les deux pays », selon le communiqué de la présidence égyptienne [2]. A la tête de la diplomatie française, il ne devrait pas faire plus de cas des multiples violations des droits humains dont ne cesse de se rendre coupable ce régime allié [3].

Pour Thomas Borrel, porte-parole de l’association Survie, « La lutte contre le terrorisme est utilisée aujourd’hui pour justifier le soutien français aux pires dictatures, comme l’était dans le passé la lutte contre le communisme. En Egypte, au prétexte d’assurer la "sécurité nationale", le régime réprime toute contestation populaire et liquide une à une les quelques libertés arrachées en 2011 », année où les « printemps arabes » avaient obligé la diplomatie française à concéder que la France avait fait une erreur historique en opposant la « stabilité » à la montée de l’intégrisme [4].

Thomas Borrel poursuit « Comme au Sahel, le nouvel exécutif s’enferme avec le même aveuglement que sous François Hollande dans une réponse purement militaire à des problèmes politiques. La France renforce sa coopération sécuritaire avec des régimes qu’elle devrait isoler sur la scène internationale : bientôt, la carte des pires dictatures coïncidera avec celle d’une intense coopération militaire française et des plus gros contrats d’armement. Les potentats peuvent bien décorer nos ministres, ils ont de quoi leur être reconnaissants ».

[1] « Egypte : la nouvelle ministre française des Armées reçue par le président Sissi », RFI, 6 juin 2017

[2] « Le Drian décoré par le président égyptien », AFP/Le Figaro, 28 février 2017

[3] Sur la situation catastrophique des droits humains en Egypte ces derniers mois, voir par exemple le rapport annuel d’Amnesty International, ou encore dans la presse : « En Egypte, le régime de Sissi porte un coup fatal à la société civile », Le Monde, 31 mai 2017

[4] Le 27 février 2011, dans son allocution télévisée, le président de la République Nicolas Sarkozy reconnaissait cette erreur historique : « Ces régimes, tous les États occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédé depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.  »
Le 31 août 2011, dans son discours de clôture de la XIXème Conférence des Ambassadeurs, Nicolas Sarkozy affirmait également : « Pendant des années, notre diplomatie — et j’en prends ma part — a été organisée autour du mot "stabilité". Et autour du mot "stabilité", la France a eu des rapports avec des régimes qui n’étaient pas des exemples de démocratie. Le réveil des peuples arabes, leur aspiration à la liberté permet de s’appuyer sur cette aspiration pour couper définitivement avec cette stabilité qui nous mettait en permanence en contradiction entre les valeurs que nous devions défendre et la réalité que nous devions assumer. Aujourd’hui, il y a une opportunité de faire concilier la réalité et les valeurs. » Discours complet sur https://otan.delegfrance.org/Confer...

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