Colloque Aircrige mai 2006
Retours du colonial ?
Ce colloque a pour ambition de mettre en perspective la politique de l’Etat français à l’égard des territoires et populations issus de ses anciens territoires coloniaux, les analyses et recherches consacrées à ces questions, et les idées qui circulent à ce sujet dans l’opinion. En cette année 2006 dédiée à la « francophonie », on veut comprendre pourquoi les débuts d’une reconnaissance de la violence coloniale s’accompagnent, en France, d’une certaine résurgence de l’idéologie coloniale. Que celle-ci prenne des formes déguisées et diffuses, ou violemment réactives, comment peut-on interpréter ce « retour » paradoxal ? Que signifie l’idéologie coloniale à l’époque de la « post-colonie » ?
Vendredi 12 et samedi 13 mai 2006
Assemblée Nationale EHESS, 105 Bd Raspail 75006 Paris
RETOURS DU COLONIAL ?
Colloque organisé par
l’Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l’Humanité et les Génocides
- Alain Ruscio
- Ecrivain, auteur notamment du "crédo de l’Homme Blanc", édtions Complexe
- B. Conteh
- Esclavage et colonisation : enjeux de mémoire après Durban
- Christiane Taubira
- Mot d’accueil
- Daniel Maximin
- Ecrivain
- Françoise Vergès
- Pourquoi les études post-coloniales ?
- Gabriel Periès
- (politologue, spécialiste des doctrines militaires)
Normativité de "l’Etat d’exception" dans la période post-coloniale
- Gabriel Periès
- Partie 2
- Marc Nichanian
- Humanisme, orientalisme et philologie chez Edward Saïd
- Nils Andersson
- La construction de soi sous le regard colonial est-elle possible ?
- Olivier Lecour Grandmaison
- Quelques remarques sur une prétendue guerre des mémoires
- Pascal Blanchard
- De la "culture coloniale" aux héritages coloniaux : le poids des imaginaires
- Philippe Hauser
- Le mensonge comme opérateur politique
- Thiphaine Samoyault
- Les réticences françaises à l’égard des études post-coloniales
S’agit-il d’un système de négation prévisible dès lors qu’un nouveau savoir se constitue, ou d’une normalisation de faits dorénavant connus, disant que la violence a bien eu lieu, mais qu’elle était légitime et nécessaire, entérinant la réalité d’une domination et d’un racisme persistants ? Comment interpréter cette fragilité et cette puissance à la fois du discours colonial ?
La multiplication des récents travaux consacrés à l’histoire coloniale, et l’ouverture de l’enseignement des littératures francophones aux post-colonial studies, font que l’après de la colonisation s’impose peu à peu à nos consciences comme un après de la violence extrême. Le discours politique s’en ressent. Il ne fait plus problème d’évoquer la « guerre d’Algérie », et nos représentants expriment leurs plus « vifs regrets » pour le massacre de Sétif. Mais parallèlement un texte de loi, à la faveur d’une mesure de reconnaissance des supplétifs de l’armée française comme anciens combattants, a voulu contraindre les enseignants d’histoire à « enseigner de manière positive la présence de la France dans ses colonies et en Outre-Mer ». Comment comprendre ce double discours politique français, qui s’excuse mais affirme au détour d’une loi qu’il n’y a pas de quoi ?
Les remous suscités par cette loi du 23 février 2005, tandis que la crise des banlieues et la politique d’immigration du gouvernement suscitaient de nouveaux mouvements protestataires, ont conduit à sa suppression par Jacques Chirac. Mais ils ont engendré d’autres confusions, qui ont contribué à noyer la question dans des guerres identitaires souvent mal inspirées, et des débats d’historiographie mêlés de corporatisme. La protestation du corps enseignant contre cette intrusion de l’Etat s’est accompagnée d’une mobilisation d’historiens contre les lois dites « mémorielles », au prix d’amalgames pernicieux avec la loi Gayssot (1990) et la loi de reconnaissance du génocide arménien (2001). Le débat nécessaire sur les attendus de cette loi se voit ainsi hypothéqué aujourd’hui par des simplifications outrancières et des crispations polémiques toxiques et stériles.
Il nous semble donc nécessaire de revenir à la question coloniale et d’étendre différemment la réflexion : au-delà de cette loi et des réactions qu’elle a suscitées, il faudrait revenir à ce qui l’a rendu possible cinquante ans après Sétif.
Cette loi participe en effet d’une longue suite d’occultations et d’interdictions concernant l’histoire et la critique du colonialisme français, devenues constitutives des études francophonistes et africanistes. Il s’agit donc d’accompagner sur un mode critique la décomposition politique de cet édifice, et d’interpréter les formes de cet énorme point aveugle, qui, devenant aujourd’hui visible à la fois dans le champ du savoir, de l’art et de l’opinion, provoque de si violents rejets.
Les débats actuels montrent que la France, concernant son histoire coloniale, est habitée d’une convulsion singulière. En déchiffrer les figures permettrait d’avoir une meilleure compréhension du fait colonial et de ses suites, et de conduire une réflexion critique sur ce qui s’est constitué et perpétué à partir de la relation coloniale, aux plans politique, économique et culturel à la fois. Quelle conception de la culture française, quel rapport à la langue se trouvent-ils impliqués là ? Comment comprendre l’idée de vouloir corriger « les dialectes » des enfants de la postcolonie, niant par là même ce que ces « dialectes » ont apporté et apportent encore à la langue française, à son histoire et à sa littérature ?
Que nous disent donc les débats actuels de l’Etat français, mais aussi de la société et de la culture françaises ? Que nous disent-ils des limites de la lutte anticolonialiste telle qu’elle s’est développée depuis les indépendances, tant en France que dans ses anciennes colonies ? Que nous disent-ils du tournant « postcolonialiste » dans les études consacrées au devenir culturel de cette aliénation ? Et que nous disent la culture et la littérature françaises aujourd’hui du rapport de la France à ses anciens colonisés ?
A l’aune d’une année qui célèbre les cultures francophones dans leur diversité et richesse, on peut s’interroger sur la manière et les enjeux dont la France envisage dorénavant la construction de son identité. Sans un tel retour sur soi, comment répondre aux dérives identitaires ou racistes que connaît parfois le langage anti-colonial, en particulier en Afrique francophone (manipulations de l’ « ivoirité »). L’ironie des revendications « indigènes » ne risque-t-elle pas elle-même, sous prétexte de se réapproprier l’histoire, de reconduire et aggraver les procédés d’enfermement des mouvements de « négritude » ?
A l’inverse, que nous disent les auteurs, trop souvent rangés dans les rayons d’une littérature ou d’un cinéma « engagés » ou « ethniques », de cette construction et de ce phénomène de retour ? et de ce brouillage des codes où l’anticolonialiste n’est pas forcément celui qu’on croit ?
C’est à ces questions que tentera de répondre ce colloque. Loin de vouloir perpétuer la distinction entre peuples colonisés et colonisateurs, il s’agit de comprendre comment les « mémoires » se sont clivées par des constructions de représentation cloisonnées. Et pourquoi leur inventaire, à peine esquissé, reste encore inaccessible aux chercheurs et aux individus.
A lire aussi
- Colonialisme - La doctrine coloniale française
- 213 - mai 2012 - Combattre le FN, sans oublier de combattre ses idées...
- 200 - Mars 2011 - Mayotte « Au nom de la départementalisation, je te déshumanise ! - Oui, Missié ! »
- Françafrique - En attendant l’indépendance : retour sur l’histoire des décolonisations françaises
- 135 - Avril 2005 - LIRE - Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive), 1885.
- 141 - Novembre 2005 - Lire ’La Fracture coloniale’ + ’Imprescriptible L’implication française dans le génocide tutsi portée devant les tribunaux ’
- 140 - Octobre 2005 - Mayotte : Implosion d’une République coloniale ?
-
Par pays
- Côte d’Ivoire
- Dette
- Diplomatie, Business et Dictatures
- Europe
- Justice
- Mali
- Paradis Fiscaux et Judiciaires
- Colonialisme
Dans la même rubrique
- 17 octobre 1961- 17 octobre 2011 : 50ème anniversaire - Vérité et Justice - 13 octobre 2011 par
- Franc CFA et Françafrique : après les billets, par ici la monnaie ! - 19 septembre 2011 par
- Soutien français aux dictatures : enfin le changement ?! - 28 février 2011 par
- Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc - 22 mars 2010 par
De l’armée coloniale à l’armée néocoloniale (1830 - 1990) par
La France coloniale d’hier et d’aujourd’hui par
NÉGROPHOBIE. Réponse aux « négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information. par ,
,
- mai22 Toulouse Spectacle "Elf, la pompe Afrique"
- mai23 Toulouse Spectacle "Un avenir radieux"
- mai24 Aubenas conférence-débat : Areva en Afrique
- mai24 Paris Ces paradis fiscaux sous pavillon français
- mai25 Angoulême Survie Charentes aux Musiques Métisses
- mai30 Valence Conférence-débat : Areva en Afrique
- 388/813 Cameroun
- 567/813 Tchad
- 483/813 Complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda
- 271/813 Paradis Fiscaux et Judiciaires
- 744/813 Rwanda
- 150/813 Affaire Elf
- 178/813 Afrique
- 123/813 Aide Publique au Développement
- 112/813 Algérie
- 149/813 Angolagate
- 142/813 Areva
- 242/813 Armée française
- 139/813 Assassinat du juge Borrel
- 446/813 Élections
- 209/813 Biens mal acquis
- 100/813 BNP Paribas
- 183/813 Bolloré
- 142/813 Burkina Faso
- 271/813 Côte d’Ivoire
- 131/813 Censure/Liberté d’expression
- 129/813 Centrafrique
- 161/813 Colonisation
- 121/813 Comores
- 158/813 Conflit armé
- 411/813 Congo Brazzaville
- 282/813 Coopération Militaire
- 102/813 CPI (Cour Pénale Internationale)
- 107/813 Crimes contre l’humanité
- 118/813 Criminalité financière
- 157/813 Darfour
- 214/813 Denis Sassou Nguesso
- 101/813 Dette
- 421/813 Dictateurs (Amis de la France)
- 120/813 Diplomatie, business et dictatures
- 166/813 Djibouti
- 183/813 Droits humains
- 102/813 Faure Gnassingbé
- 813/813 Françafrique
- 560/813 France
- 249/813 Gabon
- 407/813 Génocide
- 121/813 Guinée Conakry
- 313/813 Idriss Déby
- 229/813 Impunité
- 308/813 Jacques Chirac
- 372/813 Justice
- 143/813 Mafiafrique
- 121/813 Mali
- 118/813 Mauritanie
- 273/813 Médias / Communication
- 230/813 Mercenariat
- 164/813 Multinationales
- 336/813 Nicolas Sarkozy
- 162/813 Niger
- 136/813 Omar Bongo
- 153/813 Organisation des Nations Unies
- 172/813 Patrick Balkany
- 280/813 Pétrole
- 270/813 Pillages des ressources
- 106/813 Population victime
- 124/813 Racisme
- 147/813 Répression
- 249/813 République Démocratique du Congo
- 151/813 Soudan
- 428/813 Togo
- 108/813 Total Fina Elf
- 104/813 Ventes d’armes


