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Risque imminent d’étouffement de "l’affaire du Juge Borrel"

26 août 2013 par Survie

Un témoin-clé dans l’affaire françafricaine d’assassinat d’un coopérant français risque de disparaître : à moins qu’elles ne cherchent encore à étouffer l’affaire, les autorités françaises doivent le protéger.

Mohamed Alhoumekani, un des témoins principaux dans l’instruction judiciaire pour assassinat de Bernard Borrel, a été arrêté samedi 24 au Yemen où il visitait sa famille. Il est détenu dans les locaux de la police criminelle de Sanaa. Ex-officier dans la garde républicaine djiboutienne, il avait témoigné auprès des autorités judiciaires françaises à propos de l’assassinat à Djibouti du Juge Bernard Borrel, le 15 octobre 1995. Coopérant français, Bernard Borrel a été reconnu comme mort en service. Les autorités françaises avaient dans un premier temps conclu au suicide, version qu’elles ont défendu pendant des années malgré les éléments prouvant qu’il s’agissait d’un homicide. Bien que le Procureur de la République française ait enfin reconnu qu’il s’agissait d’un crime, comme l’a confirmé la dernière autopsie, le procès pour son assassinat n’a toujours pas eu lieu, et des responsables djiboutiens et français n’ont de cesse de faire entrave à la vérité et à la justice.

Mohamed Alhoumekani avait été contraint de fuir son pays et de solliciter l’asile, puis la nationalité en Belgique, pour donner son témoignage. Celui-ci pourrait mettre en cause une implication possible de la Présidence djiboutienne dans la commandite du crime. La vie de ce témoin-clé est aujourd’hui en danger : détenu sans chef d’inculpation, il aurait été victime de mauvais traitements selon le témoignage d’un proche. Le Général Fathi, chef d’état-major des armées djiboutiennes, est arrivé dimanche midi à Sanaa, probablement pour faire pression sur les autorités yéménites et obtenir son extradition. Or, les disparitions, les tortures, les emprisonnements extrajudiciaires ont été régulièrement dénoncés par les associations pour la défense des Droits Humains à Djibouti, comme la Ligue Djiboutienne des Droits de l’Homme (LDDH) et l’Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD).

L’extradition de ce témoin vers la dictature djiboutienne présente un risque majeur pour la vérité sur l’implication des autorités djiboutiennes et, au-delà, des autorités françaises, dans l’assassinat de ce coopérant. L’instruction étant toujours en cours en France, le gouvernement français doit intervenir auprès des autorités yéménites pour empêcher de voir ainsi disparaître un témoin essentiel… A moins qu’il ne cherche à étouffer l’affaire comme les gouvernements précédents ?

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