Bongo en campagne
Bongo en campagne
« Le Gabon n’est pas une monarchie » déclarait Omar Bongo il y a quelques mois à Jeune Afrique (13/03). La preuve : c’est par un nouveau sacre électoral que ce dernier va pouvoir entamer sa 38ème année de règne.
Après avoir verrouillé le scrutin et demandé à la France de lui signaler les opposants trop turbulents [cf. Billets n°140], la date du scrutin (à un tour !) a été fixée au 27 novembre. Parmi les autres candidats en lice, les médias français n’ont d’yeux que pour un certain Zacharie Myboto, qui prétend avoir rejoint les rangs de l’opposition, après avoir été ministre sans discontinuer pendant 23 ans (jusqu’en 2001) et secrétaire général du parti présidentiel pendant 17 ans. Mieux vaut tard que jamais ! Inutile de préciser qu’il a largement profité de l’évaporation des richesses du pays lorsqu’il était au pouvoir, qu’il est fort bien logé dans les beaux quartiers parisiens, et qu’il bénéficie de gros moyens pour sa campagne. Au mieux, c’est donc un cacique qui veut devenir calife à la place du calife. Mais ayant lui-même déclaré que le fichier électoral était truqué - ce qui est un secret de polichinelle - on voit mal comment il peut entretenir l’espoir de l’emporter par les urnes, ce qui n’augure rien de bon pour la suite. Au pire, il s’agit d’un « tour de prestidigitation du régime Bongo », pour reprendre l’appréciation du mouvement « Bongo Doit Partir » (BDP) qui appelle au boycott du scrutin de novembre.
Dès le mois de mai, La Lettre du Continent [LdC 12/05] écrivait en effet : « L’élection présidentielle de décembre 2005 pourrait se cristalliser en un duel Bongo-Myboto. » et en juillet : « L’irruption de Zacharie Myboto sur la scène des "présidentiables" a relégué au second plan Pierre Mamboundou, opposant "radical" et challenger d’Omar Bongo aux élections de 1998. ». Les quelques journaux français qui ont traité des prochaines élections ont donc embrayé sans surprise sur le thème du « duel » Myboto-Bongo, et sur « l’inquiétude » de ce dernier... Où comment fabriquer du suspense pour donner de la crédibilité à une "élection" jouée d’avance... La candidature Myboto fait davantage diversion qu’elle ne porte l’espoir d’une réelle alternative. Pour l’anecdote, lors de la conférence de presse tenue annonçant son retrait du giron présidentiel, Myboto n’a pas souhaité s’exprimer sur ses relations avec Bongo, expliquant : « Les problèmes familiaux ne se règlent pas sur les lieux publics, donc je ne peux rien vous dire à ce sujet ». Cette rivalité présidentielle est donc bien avant tout une affaire de famille...
Certains ont fait valoir à l’appui de la "crédibilité" de la candidature Myboto qu’il avait été reçu par Villepin. Imagine-ton Villepin jouer contre le protégé de Chirac à l’heure actuelle ? Le scénario paraît peu crédible... C’est en tout cas au nom du gouvernement, et à la demande de l’Élysée selon la LdC [06/10] que Brigitte Girardin, en visite au Gabon du 6 au 8 octobre, a annoncé une rallonge de 17 millions d’euros de la France au Gabon, au motif qu’il « peut se sentir pénalisé » de n’avoir pas bénéficié des remises de dette du G8 [Cf. Billets n°141]. « Nous avons considéré qu’il fallait que le Gabon puisse bénéficier d’une compensation [...] car il a la confiance de la communauté internationale » explique sans rire Mme Girardin, qui refuse qu’on prête la moindre interprétation politique à ce don pré-électoral... (AFP 8/10). Un bonheur n’arrivant jamais seul, Maurel et Prom, société pétrolière dont l’Élysée suit attentivement le développement, a signé un contrat d’exploration et de partage de production avec le ministère gabonais du Pétrole le 27 septembre dernier (site Afrique Centrale info, 01/10). Si tout ceci ne profite pas au budget de l’État gabonais, certains ne semblent plus savoir quoi faire de leur argent. Bongo a en effet annoncé sur la télévision nationale, qu’il prendrait à ses frais la consommation d’électricité et d’eau de novembre des Gabonais démunis. Sur 1 300 000 d’habitants (chiffre de la BM), un dixième seulement est abonné à l’électricité, et 80 000 à l’eau. Autant dire qu’il ne s’agit pas des Gabonais les plus « démunis ». En outre, les abonnés sont de deux types : les plus fortunés, qui bénéficient d’un abonnement classique, et les autres qui doivent payer avant consommation (système « cash power »). Ces derniers ne semblent pas concernés par les promesses électorales de Bongo : on peut donc se demander à qui vont profiter les largesses présidentielles... Une question que Mme Girardin ne manquera pas de lui poser... au prochain voyage.
Par Victor Sègre, Billets d’Afrique et d’ailleurs n° 141, novembre 2005.
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