Quand Bolloré écrit à Survie
Le directeur général de la société Bolloré, Gilles Alix, nous a demandé de publier ce droit de réponse, ce que nous lui accordons.
« Dans un éditorial publié le 7 juin 2010, Odile Tobner revient sur le procès pénal, en diffamation, que le groupe Bolloré a été contraint d’engager à la suite de la diffusion, sur France Inter, d’un reportage consacré à ses activités au Cameroun. Par un jugement du 6 mai 2010, la 17ème Chambre correctionnel du Tribunal de Grande Instance de Paris a estimé, en son âme et conscience, que ce reportage était effectivement diffamatoire et a condamné à une amende Benoît Collombat, journaliste et Jean-Paul Cluzel, alors directeur de publication de la radio France Inter. Benoît Collombat et Jean-Paul Cluzel ont également été condamnés à payer 1 euro de dommages et intérêts chacun, outre 10 000 euros de frais de justice.
L’éditorial de votre site en date du 7 juin 2010 croit devoir remettre en cause les conditions dans lesquelles la justice française les a condamnés. Ceci est pour le moins paradoxal puisque les prévenus eux-mêmes n’ont pas interjeté appel de ce jugement les condamnant.
Votre éditorial remet, par ailleurs, en cause l’activité du Groupe Bolloré en Afrique et particulièrement au Cameroun par des allégations déjà sanctionnées ; le Groupe Bolloré est un groupe industriel, crée en 1822, qui emploie plus de 33 000 personnes dans 100 pays dans le monde dont 41 en Afrique et qui, par les investissements qu’il réalise en Afrique (200 millions d’euros par an) et en particulier au Cameroun, participe au développement de ce continent.
La société anonyme Bolloré et ses filiales emploient, au Cameroun, plus de 3500 salariés. Tous perçoivent des salaires largement supérieurs aux minima légaux et bénéficient d’une protection sociale et de services de santé que nulle autre société implantée au Cameroun n’est en mesure d’apporter à ses salariés.
Enfin, les injures proférées à l’encontre de Dominique Lafont, Michel Calzaroni et Olivier Baratelli ne méritent aucune réponse particulière tant elles sont gratuites et démontrent que, face à l’insuffisance des arguments, certains préfèrent jeter l’anathème personnel : ceci est méprisable. »
Le directeur général de la société Bolloré, Gilles Alix, cite le chiffre de 200 millions d’euros investis en Afrique. Ce chiffre ne pourrait avoir valeur d’argument que s’il était accompagné du montant du chiffre d’affaires et de celui des bénéfices réalisés en Afrique. Notre éditorial ne contenait aucune allégation mais seulement des interrogations sur l’ignorance dans laquelle est tenu le peuple camerounais de l’intégralité des accords qui lient la société Bolloré à l’État camerounais, ce qui est propice aux spéculations, qu’il ne suffit pas de condamner mais qu’il faudrait réfuter.
Sur le fait que France Inter n’a pas fait appel, rien ne permet à M. Alix de conclure que la radio reconnaît la diffamation. Il est d’ailleurs étonnant qu’aucun communiqué faisant état de cette condamnation n’ait été lu, dans un délai d’un mois, à l’antenne de France Inter, comme l’exigeait le tribunal correctionnel de Paris. Le renoncement de France Inter à faire appel, qui sonne comme un lâchage de ses journalistes, peut donc aussi résulter d’une transaction entre les deux parties. Rappelons également que le journaliste d’Inter, Benoit Collombat, a été condamné seulement sur quelques points de son reportage. Ainsi la description des conditions de travail et de vie des ouvriers dans les plantations de palmier à huile de la Socalpam (dont le groupe Bolloré est actionnaire à près de 40%) n’a fait l’objet d’aucune condamnation. À ce sujet, le groupe Bolloré a renoncé aux poursuites engagées contre la photographe Isabelle Alexandra-Ricq et France Inter qui témoignaient du quotidien peu enviable des coupeurs de palme de la plantation dans une autre émission de la radio publique. Ce qui permet aujourd’hui au groupe Bolloré de communiquer sur une demi-victoire judiciaire plutôt que de risquer une défaite.
Quant au sentiment que nous exprimions à propos des acteurs du groupe Bolloré, cela appartient à la liberté de jugement, qui ne saurait exclure la critique voire la satire, sinon la presse serait réduite à la communication publicitaire. Mais c’est probablement ce que suppose la « leçon de journalisme »
Pour plus d’informations :
Bolloré contre France-Inter : acte 2 article du site de Témoignage chrétien
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