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L’AFD et le label FSC complices du pillage forestier

9 janvier 2012 par Thomas Noirot

Greenpeace critique sévèrement l’habillage « durable » offert par le label FSC très prisé par les industriels du bois. L’Agence française de développement prévoit d’octroyer à un de ces industriels, Danzer, un prêt de plusieurs millions d’euros à taux réduit ; ce qui revient explicitement à mettre à contribution les contribuables français pour soutenir une entreprise directement impliquée dans des violations des Droits de l’homme et dans la fragmentation des dernières zones de forêts primaires intactes.

Dans un excellent rapport publié le 7 novembre, intitulé « Futur volé : Conflits et exploitation forestière au cœur des forêts congolaises – le cas Danzer », Greenpeace dévoile les résultats de son enquête détaillée sur une opération punitive menée en mai dernier en RDC, à la demande et avec l’aide d’une filiale de la société Danzer qui a, d’après les témoignages recueillis, transporté et payé les policiers et militaires jusque dans le village où les habitants protestaient en bloquant par moments le chantier forestier, contre le non respect des engagements imposés par la loi forestière congolaise.

Celle-ci impose en effet aux exploitants forestiers certaines dépenses « sociales » sur le territoire de leurs concessions. « Les membres du groupement de Yalisika, où se situe le village de Bosanga, devaient à ce titre bénéficier d’une école et d’un poste de santé, ainsi que quelques autres objets, dont dix ballons de football – à se partager entre villages… ». Pour avoir simplement exigé la réalisation de cet engagement, les villageois ont vu débarquer en pleine nuit des « forces de l’ordre » jouant le rôle de milice privée pour Danzer : passage à tabac, pillage et incendie des maisons, arrestations arbitraires, viols, et un homme qui succombera de ses blessures. Il faut dire que Danzer joue dans la cour des grands : « Le groupe allemand basé en Suisse, qui se présente comme le premier producteur mondial de bois de placage décoratif, est également l’un des premiers producteurs et négociant de bois. Sa filiale Siforco (Société Industrielle et Forestière du Congo) est la deuxième société d’exploitation forestière de RDC, forte de titres d’exploitation couvrant plus de deux millions d’hectares. »

Mais ce rapport ne s’en prend pas qu’à Danzer et aux autorités congolaises : il tacle aussi sévèrement l’habillage « durable » offert par le label FSC très prisé par les consommateurs européens et nord-américains qui croient ainsi ne pas être complices du pillage des forêts primaires, ainsi que les bailleurs de fonds occidentaux qui pensent pouvoir encourager une « bonne » exploitation industrielle des forêts.

Ainsi, Greenpeace, qui réclame depuis le printemps un moratoire sur les certifications FSC dans le bassin du fleuve Congo, où la complaisance et la corruption semblent encore plus de mise qu’ailleurs, exige que les certificats FSC soient retirés au groupe Danzer. Il faut dire que ces certificats perdent toute crédibilité : « En dépit d’une tradition bien établie d’exploitation forestière irresponsable, le groupe Danzer a obtenu le label FSC (Forest Stewardship Council) pour ses activités de production et/ou de vente de bois – qui attesterait donc d’une gestion socialement et écologiquement responsable et économiquement viable de la ressource forestière. (…) Comme le FSC, le réseau GFTN (Global Forest and Trade Network) du WWF (World Wildlife Fund), partenaire de Danzer pour faciliter la certification de sa politique de gestion forestière et de ses produits ligneux, devrait également suspendre la participation du Groupe Danzer au réseau GFTN. »

Mais ce qui est nouveau avec ce rapport, c’est la façon dont Greenpeace cible -à raison- la responsabilité des bailleurs de fonds, notamment la Banque Mondiale, l’Allemagne, les Pays-Bas et la France, qu’elle exhorte à « mettre un terme à des politiques aveugles en faveur des exploitants industriels ».

Le passage sur la France mérite d’être cité in extenso : « Comme l’Allemagne, la France a récemment apporté son support aux projets de la RDC en matière de conservation et de gouvernance, de constitution de capacité et de préparation REDD. Malheureusement,l’Agence Française de Développement (AFD), adhérant de longue date au programme français dit de« Gestion forestière durable » reste lourdement impliquée dans le financement de projets dont le seul but est de pérenniser les pratiques d’exploitation du passé sous couvert de « développement durable ». L’Agence Française de Développement prévoit notamment d’octroyer à Danzer en RDC et en République du Congo un prêt de plusieurs millions d’Euros à taux réduit ; ce qui revient explicitement à mettre à contribution les contribuables français pour soutenir une entreprise directement impliquée dans des violations des droits de l’homme et dans la fragmentation des dernières zones de forêts primaires intactes. L’AFD a déjà mobilisé une subvention de 5 millions d’Euros (qui sera suivie d’une seconde tranche du même montant) afin de fournir une assistance technique à la conception et la mise en œuvre de plans de gestion forestière à travers la société française de conseil FRM (Forêt Ressources Management). Sur la région du bassin du Congo (comptant 5 pays dont la RDC), l’AFD est également le premier intervenant (avec une subvention de 1,5 millions d’Euros) d’un projet multi-bailleurs de fonds visant à certifier la production de grumes et à promouvoir les ventes de bois certifié. En focalisant la plupart de ses aides au développement sur le modèle de « Gestion forestière durable » et sur des exploitants industriels comme Danzer, la France contribue avant tout à pérenniser la viabilité économique de ces entreprises au mépris de l’amélioration des conditions de vie de millions de congolais dépendant principalement des ressources forestières dans leur vie quotidienne ».

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