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Sombres nuages sur l’alternance : après le naufrage du Joola, celui du pouvoir sénégalais

13 juillet 2004 par Survie

Depuis le 8 juillet, le directeur de publication du Quotidien, M. Madiambal Diagne, a été placé sous mandat de dépôt, après qu’on lui ait notifié les trois chefs de son inculpation : publication de lettre confidentielle (du ministre des Finances au Président de la République), diffusion de fausses nouvelles et diffusion de nouvelles de nature à provoquer des troubles politiques graves et à jeter le discrédit sur les institutions…

Depuis l’accession de M. Abdoulaye Wade à la présidence de la République du Sénégal, beaucoup d’observateurs ont noté une dérive fâcheuse, autoritaire et françafricaine, du pouvoir en place : aux violations répétées du droit à la liberté d’expression [1] se sont ajoutées les menaces de mort contre des représentants de la presse privée (comme le journaliste et écrivain Abdou Latif Coulibaly) ou contre des membres de la société civile (Mgr Théodore Adrien Sarr, archevêque de Dakar), ou encore la tentative d’assassinat d’un opposant, M. Talla Sylla, président de "l’alliance Jël Jël". Il s’agit maintenant d’essayer de faire taire l’une des voix les plus libres du pays.

Dans son ouvrage intitulé Le Sénégal entre deux naufrages : le Joola et l’alternance, publié en 2003, M. Almamy Wane avait dressé un état des lieux critique et lucide de la situation au Sénégal. Les autorités sénégalaises, emmenées par le ministre Cheick Tidiane Sy, lui intentent un procès à Paris.

Circonstance aggravante, le Président de la République a publiquement déclaré vouloir durcir l’article 80 du Code pénal - pour lui permettre d’engager plus facilement des poursuites contre tous ceux qui « jettent l’opprobre sur le Sénégal ou ses dirigeants ». Un formidable outil pour restreindre la liberté d’information de la société civile et de la presse privée…

Inquiets, mais confiants dans la démocratie sénégalaise et la vigueur de sa société civile, nous appelons les autorités sénégalaises à un plus grand respect des principes démocratiques et de leurs obligations internationales. À l’instar de la FIDH, nous rappelons que l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiés par le Sénégal, garantissent le droit à la liberté d’expression.

[1] Depuis le début de l’année 2004, trois journalistes, MM Malick Diaw, El Hadji Hamidou Kassé et Amadou Ly Diome, ont été condamnés à des peines de prison avec sursis dans des affaires de diffamation

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