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Darfour : un génocide en attente d’homologation ?

18 août 2004 par Survie

Dix ans après le génocide des Tutsi rwandais (que la Communauté Internationale a omis d’empêcher) [1] , les populations noires (musulmanes mais non "arabes") du Darfour [2] attendent toujours que la–dite Communauté s’applique sérieusement à mettre fin à leurs inimaginables souffrances.

Massacres, viols, destruction des villages, du cheptel, des cultures, empoisonnement des puits –commis par l’armée soudanaise et ses milices Janjaweed– sont depuis belle lurette de notoriété publique sous toutes les latitudes.

Le 30 juillet, Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a demandé au Soudan de prendre des mesures pour "améliorer" la situation, en lui signifiant qu’il devait avoir désarmé les milices Janjaweed au 30 août, dernier délai. Hélas, un nouveau "plan d’action", agréé par l’ONU, propose la création de zones de sécurité pour les populations en danger. Et celles qui se trouvent hors ces périmètres, notamment dans les zones rurales ? Le Darfour est un immense territoire. Pendant ce temps, les milices poursuivent leurs exactions. Au lieu d’être désarmées, elles sont incorporées dans des unités de la police soudanaise ou des forces "semi régulières", telles les Forces populaires de défense, au sein desquelles elles seront chargées de la protection des zones dites de sécurité. « Le comble de l’absurdité. » [3] Le conflit entre forces gouvernementales et rebelles du Darfour [4] se poursuit : des bombardements commandés par le gouvernement soudanais et des attaques de Janjaweed auraient actuellement lieu dans le Sud de la province meurtrie. Le 15 août, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Soudan, Jan Pronk, a « exprimé son inquiétude devant le manque de progrès en matière de sécurité sur le terrain et le fait que les milices arabes Janjaweeds sont toujours actives autour des camps des personnes déplacées ».

Le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, a déclaré [5] , le 12 août dernier, que « La crise du Darfour peut conduire à une grave catastrophe humanitaire. » De grâce, Monsieur le ministre, cessons de parler d’humanitaire quand il s’agit de crimes contre l’humanité. Monsieur Barnier poursuit en déclarant que « L’urgence est d’abord humanitaire […] (qui ne) va pas sans un accompagnement sécuritaire.[…] Mais l’urgence est aussi, et surtout, politique. […] Ce processus politique sera nécessairement long et difficile. […] Nous avons choisi une action réaliste et progressive ».

Aucun observateur sérieux ne croit une seconde aux intentions de Khartoum de se conformer aux exigences "réalistes et progressives" d’un discours qui passe à côté de l’urgence vraie, la priorité réelle : un pan entier de l’humanité disparaît sous nos yeux, sans que la volonté politique de ce monde engage l’action qui s’impose. Quelles que soient les responsabilités diverses en jeu dans la poursuite de la "crise" (celle des rebelles ne peut pas être ignorée, mais ce n’est pas là la priorité !), celle du pouvoir soudanais est manifeste. Quelle que soit « la réalité du terrain » [6] –répétons–le, l’extermination de tout un peuple– notre responsabilité est d’en dépasser l’examen et d’honorer notre devoir de sauver les vivants. Un génocide est-il en cours ? C’est possible. Quoi qu’il en soit, ce qui est en cours y ressemble fort.

Que faire ? Cessons tout d’abord, à l’échelle du monde, d’acheter du pétrole au Soudan Monsieur Barnier, et soyez à l’avant–poste de cette solution, un peu brusque certes, mais la seule réellement réaliste.

[1] Un million de morts

[2] De 30 000 à 50 000 morts, 200 000 réfugiés au Tchad voisin, 1,2 million de déplacés à l’intérieur de Soudan

[3] Peter Takirambudde, Directeur exécutif de l’association américaine Human Rights Watch (à lire : Empty Promises ? Continuing abuses in Darfur, Sudan, HRW, 11/08/04)

[4] Sudan Movement for Justice and Equality (JEM), Sudanese Liberation Army (SLA)

[5] Article de Michel Barnier "Darfour : le médicen, le soldat et le diplomate", in Le Figaro, 12/08

[6] Dont il faut tenir compte selon Michel Barnier

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