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TCHAD. Rentrée françafricaine à l’Élysée

4 septembre 2006 par Survie

Précédant le "président" togolais Faure Gnassingbé, Idriss Déby, l’usurpateur du pouvoir tchadien, est reçu par le président de la République.

C’est un véritable défi au Droit des nations que Jacques Chirac lance en ce début de septembre. Le mercredi 7 septembre il reçoit en « visite officielle » le dictateur Faure Gnassingbé, qui s’est emparé en avril 2005 du pouvoir au Togo, dans la fraude et dans le sang de ses compatriotes.

Mais auparavant, le lundi 4 septembre, le président français reçoit, en « visite de travail », le dictateur Idriss Déby, qui vient d’être reconduit à la tête du Tchad, à coup de réforme constitutionnelle et de mascarade électorale, et avec l’appui vigilant de l’armée française.

Ces potentats représentent ce qu’il y a de plus scandaleusement criminel dans les pouvoirs africains qui bénéficient de l’appui de l’ex-puissance coloniale française. Idriss Déby, après avoir exercé comme bourreau au service de Hissène Habré, actuellement poursuivi pour crimes contre l’humanité, a renversé ce dernier et a tourmenté pour son propre compte les Tchadiens, au prix de dizaines de milliers de morts.

Idriss Déby refuse le dialogue qu’exigent la société civile tchadienne et les partis politiques de l’opposition avec la participation des groupes politico-militaires engagés sur le terrain. Quoiqu’ayant admis que les dispositifs électoraux devaient être réformés, Déby refuse également leur exigence qu’une élection présidentielle incontestable soit organisée à la suite d’un tel dialogue. Il n’y a pourtant pas d’autre voie vers la paix que les Tchadiens appellent de leurs vœux. C’est l’espoir qui est porté par le Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation nationale au Tchad (CSAPR) auquel nous exprimons notre soutien.

C’est avec Idriss Déby cependant que, dans ce que le ministère des Affaires étrangères vient de nommer « le cadre rénové de notre coopération bilatérale avec ce pays », le Président et les principaux ministres de la République française vont discuter de l’avenir du Tchad - et de la région. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de l’avenir des Tchadiens, dont la volonté n’est pas prise en compte, mais de celui des affaires au Tchad - et au delà.

Ces Présidents, tout comme Paul Biya du Cameroun, en juillet, comme Omar Bongo du Gabon, en août, viennent en commis-voyageurs de la mise à l’encan des ressources africaines convoitées par les grandes puissances. Ils vendent, au profit d’eux-mêmes et de leur entourage, le sang et la vie de leurs frères, répondant à la demande insatiable des pays riches. La politique africaine de la France a rarement étalé plus impudemment son cynisme.

En ce qui concerne Idriss Déby, le pouvoir français l’a maintenu au pouvoir, puis l’a incité à un prétendu « dialogue » avec une « opposition » fantomatique, dont les vrais opposants sont exclus. Pourquoi cette démarche retorse ? Qu’est-ce qu’il y a à craindre d’une véritable élection ? Qui peut être dupe d’un tel déguisement ? Autant de questions qu’il faut poser. Il s’agit en fait de préserver les intérêts de la classe politico-affairiste, quitte à piétiner ceux des peuples africains. Il faut faire cesser cet état de choses, sinon nous porterons tous la responsabilité de l’enfer que vivent les populations africaines, spoliées de leurs ressources et de leurs droits.

Nous pensons que le plus élémentaire respect des droits de l’homme exige que soit déclaré persona non grata dans notre pays tout dictateur arrivé et maintenu au pouvoir par la violence faite aux populations et par la fraude électorale. Nos dirigeants déshonorent notre pays en passant outre à cette exigence, faisant passer leurs discours sur les droits humains pour une bouffonnerie.

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