Togo
Non à la visite scandaleuse de Faure Gnassingbé en France !
En recevant en visite officielle le 7 septembre prochain le président Faure Gnassingbé, Jacques Chirac légitime le président togolais et continue à faire de la France et des Français les complices de la dictature familiale et clanique qui opprime le peuple togolais depuis plus de 40 ans.
Le 5 février 2005, l’un des plus sinistres dictateurs africains, Gnassingbé Eyadéma mourait après 38 ans de pouvoir absolu. L’appui de la France à ce dictateur n’avait jamais flanché depuis 1967. Tous les présidents qui s’étaient succédés, de De Gaulle à Chirac, en passant par Mitterrand, avaient assuré à Eyadéma un indéfectible soutien, méprisant les souffrances infligées au peuple togolais.
Á sa mort, l’armée togolaise impose son fils, Faure Gnassingbé, comme successeur. Devant la condamnation quasi unanime de la communauté internationale, Faure Gnassingbé organise la tenue d’une élection présidentielle, qu’il manipule afin de l’emporter, le 24 avril 2005. Le peuple togolais, exaspéré, descend dans la rue. La répression fait plus de 500 morts, selon les Nations unies, et des milliers de réfugiés dans les pays voisins. La France s’active alors à légitimer le nouveau pouvoir en le présentant comme un gage de stabilité dans la continuité.
Pour inciter l’Union Européenne à reprendre son aide, le pouvoir togolais engage des négociations avec l’opposition. Un « Accord politique global » est signé le 20 août 2006. Des concessions ont été faites, sur le papier, à l’opposition, pour obtenir la signature d’un accord avant la visite de Faure Gnassingbé prévue en France début septembre. Mais rien ne garantit que ce nouvel accord sera respecté. Le peuple togolais n’a pas été consulté. Aucune association indépendante de défense des droits de l’Homme n’a été conviée aux pourparlers. Le texte n’accorde que très peu de place à la question des droits de l’Homme pourtant cruciale dans le pays. Les questions essentielles de la fraude électorale, et de l’impunité des auteurs des violences perpétrées en 2005, n’ont pas été intégrées à l’accord, mais renvoyées aux bons soins d’un futur gouvernement. La question de la réforme de l’armée, qui a jusqu’à présent servi les ambitions du clan au pouvoir, est également esquivée.
Le nouveau gouvernement, hormis des promesses de réconciliation, n’a, à ce jour, pour les crimes passés relevant du droit international, progressé sur aucune des trois facettes de la lutte contre l’impunité, à savoir la vérité, la justice et la réparation. Aucun des auteurs des crimes perpétrés avant, pendant et après les élections présidentielles d’avril 2005 n’est pour l’instant poursuivi devant une juridiction nationale.
En conséquence, nos associations considèrent qu’en recevant Faure Gnassingbé en France, Jacques Chirac apporte sa caution morale et politique à l’impunité qui règne actuellement au Togo.
Nos associations dénoncent donc cette visite et demandent son annulation pure et simple. Une telle visite ne peut avoir lieu tant que le régime togolais n’aura pas mis en oeuvre les recommandations émises dans le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies sur les violences d’avril 2005, à savoir : ● Mettre sur pied dans les meilleurs délais une « commission paix, vérité et réconciliation » indépendante et impartiale. ● Procéder immédiatement à des enquêtes indépendantes et impartiales sur tous les cas de violences passées, notamment en 1993, 1998, 2003 et 2005, en vue de poursuivre en justice leurs auteurs et responsables. ● Veiller à ce que des réparations et indemnisations des victimes d’atteintes aux droits de l’Homme soient prévues.
La République française ne peut accueillir au nom des citoyens français Faure Gnassingbé et se rendre ainsi complice de l’impunité et de la dictature au Togo.
Contacts presse :
Clément Boursin, ACAT-France : clement.boursin(at)acat.asso.fr, 01 40 40 02 11
Olivier Thimonier, Survie : olivier.thimonier(at)survie-france.org, 01 44 61 03 25
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