2O ans d'impunité - La France complice du génocide des Tutsi au Rwanda

En soutenant les auteurs du génocide, les autorités politiques et militaires françaises se sont rendues complices de ce crime. Cette complicité est attestée par de nombreux documents et témoignages, pourtant aucun responsable français n’a été jugé.
En 2014, 20 ans après, exigeons la vérité et la justice.


< 20 documents pour comprendre le rôle de l’Etat français

Document 10 : Fiche particulière de la DGSE « Rwanda : éléments d’information », 18 février 1993

6 avril 2014

Paris est pourtant bien informé que les durs du régime Habyarimana envisagent très sérieusement l’extermination de leurs compatriotes tutsi. Les années 1990-1993 sont en effet émaillées de massacres à caractère génocidaire, dénoncés au début de l’année 1993 par une commission d’enquête internationale composée de plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme. Un rapport ultérieur des Nations-Unies confirme l’implication des autorités rwandaises dans ces massacres. Au début de l’année 1994, les plans des extrémistes hutu pour déclencher le génocide sont connus des responsables français, comme des dirigeants des grandes puissances, sans que ni les uns ni les autres ne se mobilisent pour empêcher la catastrophe qui emportera les Rwandais tutsi.

La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) analyse longuement, le 18 février 1993, la situation rwandaise. Elle mentionne les massacres commis par les milices du parti présidentiel et de la CDR, et en propose deux interprétations : il s’agirait soit des prodromes de la « purification ethnique » à venir, projetée par des proches de Habyarimana, soit d’une instrumentalisation, de la part des mêmes personnes, du clivage Hutu-Tutsi pour s’opposer à la démocratisation du pays. L’arrivée au pouvoir au printemps 1992 d’un gouvernement multipartite a en effet porté gravement atteinte au pouvoir du petit cercle de familiers de la présidence qui tenait jusque-là tout le pays en coupe réglée.

La DGSE indique que le rapport à paraître de la commission internationale d’enquête qui s’est rendue au Rwanda en janvier 1993, et dont faisait partie Jean Carbonare, président de Survie, va dénoncer une « purification ethnique ». Autrement dit de massacres à caractère génocidaire mettant en cause le sommet de l’Etat et ses relais dans l’administration civile et militaire.

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Fiche particulière de la DGSE « Rwanda : éléments d’information », 18 février 1993

Cette fiche de la DGSE est produite quelques jours avant la visite de Marcel Debarge à Kigali. Elle n’a visiblement aucune influence sur la manière dont les dirigeants français envisagent la situation rwandaise : leur lecture ethniste fait bon marché des massacres de Tutsi commis par ceux que l’Etat français soutient.

En avril 1993, le rapporteur spécial de la commission des droits de l’Homme des Nations-Unies sur les exécutions extrajudiciaires, Waly Bacre Ndiaye, se rend à son tour au Rwanda. Son rapport, remis en août 1993, attribue la responsabilité des massacres de Tutsi aux forces de sécurité (§ 28), aux Forces armées rwandaises (§35), aux autorités administratives (§ 37), aux milices du parti présidentiel et de la CDR (§ 40). L’envoyé de l’ONU s’interroge pour finir sur la qualification éventuelle de « génocide » (§ 79).

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