2O ans d'impunité - La France complice du génocide des Tutsi au Rwanda

En soutenant les auteurs du génocide, les autorités politiques et militaires françaises se sont rendues complices de ce crime. Cette complicité est attestée par de nombreux documents et témoignages, pourtant aucun responsable français n’a été jugé.
En 2014, 20 ans après, exigeons la vérité et la justice.


< 20 documents pour comprendre le rôle de l’Etat français

Document 17 : Lettre du Président rwandais Théodore Sindikubwabo au Président français François Mitterrand, 22 mai 1994

22 mai 2014

Malgré la mise en cause du gouvernement intérimaire rwandais contenue dans les propos d’Alain Juppé à l’Assemblée nationale, les relations se maintiennent avec Kigali. Le président rwandais par intérim, Théodore Sindikubwabo, écrit à son homologue français le 22 mai 1994 pour lui demander de « fournir encore une fois [son] appui tant matériel que diplomatique », en comptant que François Mitterrand lui manifestera « [son] habituelle compréhension ».

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Lettre du Président rwandais Théodore Sindikubwabo au Président français François Mitterrand, 22 mai 1994

Le soutien français ne se dément pas, en effet, puisque des armes et des munitions sont livrées aux FAR pendant toute la durée du génocide, jusqu’en juillet 1994, comme en fait foi notamment une lettre du lieutenant-colonel Cyprien Kayumba, directeur du service financier du ministère rwandais de la Défense (MIP, annexe 10.B.1).

Cet officier, accusé d’avoir détourné des fonds, se défend le 26 décembre 1994 dans un courrier à son ministre alors en exil. Il retrace les détails de sa mission, dont 27 jours passés à Paris, et donne des précisions sur les six livraisons d’armes et de munitions auxquelles il a fait procéder. Il écrit : « la dernière cargaison est arrivée à Goma le 18/7/94 alors que les hommes avaient déjà commencé à franchir la frontière vers le Zaïre ». Le 18 juillet 1994, au moment où arrive cette cargaison, l’aéroport de Goma est sous le contrôle des militaires français de l’opération Turquoise. François Léotard, à l’époque ministre de la Défense, confirme implicitement les informations données par Ntahobari en déclarant à la MIP : « Les forces françaises présentes à l’aéroport civil de Goma, au Zaïre, n’avaient pas pour mandat de contrôler les arrivées d’avions privés qui auraient pu transporter des armes » (MIP, audition du 21 avril 1998).

En réalité, les livraisons d’armes impliquant l’Etat français n’ont pas cessé durant tout le génocide, même après l’embargo décrété par les Nations Unies le 17 mai 1994. Les accusations précises de Human Rights Watch le confirment (Rwanda-Zaïre. Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais, 1995). Pour sa part, Patrick de Saint-Exupéry détaille comment, les 15 et 17 juin 1994, une livraison d’armes en provenance des Seychelles, organisée par le colonel Bagosora, est payée par la Banque nationale du Rwanda à partir d’un compte à la Banque Nationale de Paris (BNP) (Patrick de Saint-Exupéry, Complices de l’Inavouable. La France au Rwanda, Les Arènes, 2009, p. 227-229).

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