2O ans d'impunité - La France complice du génocide des Tutsi au Rwanda

En soutenant les auteurs du génocide, les autorités politiques et militaires françaises se sont rendues complices de ce crime. Cette complicité est attestée par de nombreux documents et témoignages, pourtant aucun responsable français n’a été jugé.
En 2014, 20 ans après, exigeons la vérité et la justice.


< Génocide et complicité

A quand la fin de l’impunité ?

23 mars 2014

L’Etat français continue de nier sa complicité, alors que les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, associations, attestent de l’ampleur du soutien apporté par les autorités françaises au régime génocidaire. Le travail de la Mission d’information parlementaire (MIP) de 1998 sur le rôle de la France au Rwanda ne se résume pas aux conclusions médiatiques de son président Paul Quilès, qui dédouane les autorités de l’époque. Ce rapport pointe beaucoup d’éléments dérangeants qui auraient dû faire l’objet d’une vraie Commission d’enquête parlementaire. Le pouvoir politique invoque le Secret Défense pour dissimuler certaines archives. Il est légitime de se demander si cette attitude vise à protéger des décideurs français face à la justice.

Un discours révisionniste

Certains responsables politiques, journalistes, chercheurs, nient ou relativisent le rôle de la France dans le génocide en utilisant des arguments négationnistes tels que l’accusation de « double génocide » (qui met sur le même plan les crimes commis par le FPR avec le génocide des Tutsi) ou l’affirmation selon laquelle le génocide était une réaction spontanée des Rwandais suite à l’assassinat du président Habyarimana. Il s’agit alors de nier que le génocide était préparé de longue date et que le sachant, la France a néanmoins poursuivi son soutien au régime rwandais. 

L’enquête judiciaire sur l’attentat du 6 avril 1994 est un enjeu crucial

Initialement chargé du dossier, le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière avait instruit à charge pour démontrer la responsabilité du FPR dans l’attentat et la lier au déclenchement du génocide, en utilisant des éléments contestables et partiaux. Suite à une nouvelle enquête approfondie et rigoureuse, les juges Trévidic et Poux ont décrédibilisé le travail de leur prédécesseur et réorienté l’instruction vers des militaires de l’armée rwandaise. Notons que les éléments matériels (débris de missile et enregistreurs notamment) prélevés par des militaires français dans les heures qui ont suivi le crash de l’avion n’ont pas été portés à la connaissance de la justice. Il est dès lors permis de reposer la question, insistante depuis 1994, d’une éventuelle implication de soldats ou mercenaires français dans l’attentat.

Lutter contre l’impunité : les affaires en cours

  • Plaintes contre des présumés génocidaires rwandais ayant trouvé refuge en France, déposées depuis 1995 par des associations, dont le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR), la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et Survie. 20 ans après le génocide et après que la France a été pointée du doigt pour la lenteur de ses procédures, le premier procès d’un présumé génocidaire rwandais en France s’est tenu en février-mars 2014.
  • Six plaintes contre X déposées en 2005 par des victimes Tutsi pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité », visant des militaires français de l’opération Turquoise. Depuis janvier 2012, ces plaintes sont instruites par le pôle judiciaire dédié aux génocides et crimes contre l’humanité. Survie est partie civile aux côtés d’autres associations.
  • Plaintes pour viol déposées en 2004 par des femmes Tutsi contre des militaires français de l’opération Turquoise.
  • Plainte contre Paul Barril pour complicité de génocide, déposée en 2013 auprès du Tribunal de Paris par Survie, la FIDH et la LDH. Paul Barril est un ressortissant français, ancien capitaine de gendarmerie, qui a travaillé dans le domaine de la sécurité et conseillé différents chefs d’Etats notamment en Afrique et plus particulièrement au Rwanda.
  • Vingt ans après les faits, la plupart des acteurs politiques, de gauche comme de droite (elles gouvernaient en cohabitation au moment des faits) continuent de se taire ou de nier l’implication de l’Etat français dans le génocide des Tutsi. Quant à la justice, depuis la création d’un Pôle génocide à Paris, elle semble enfin avoir la volonté et les moyens de faire reculer l’impunité sur le sol français, à commencer par les présumés génocidaires rwandais pour lesquels le territoire français est une véritable terre d’asile.