2O ans d'impunité - La France complice du génocide des Tutsi au Rwanda

En soutenant les auteurs du génocide, les autorités politiques et militaires françaises se sont rendues complices de ce crime. Cette complicité est attestée par de nombreux documents et témoignages, pourtant aucun responsable français n’a été jugé.
En 2014, 20 ans après, exigeons la vérité et la justice.


< Il y a vingt ans...

Il y a 20 ans... le génocide des Tutsi au Rwanda était en préparation et la France savait

24 janvier 2013 par Survie

24 janvier 1993.

Au JT de France2 de 20h, devant des millions de téléspectateurs, Jean Carbonare alerte l’opinion publique française sur les crimes commis au Rwanda par le pouvoir en place, soutenu par la France. Il supplie pour que la France, qui en a le pouvoir, enraye le processus d’extermination qui se met en place. Nous sommes plus d’un an avant le début du génocide de 1994.

Jean Carbonare, président de Survie, rentre à peine du Rwanda où, pour la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, il vient de participer à une commission internationale d’enquête sur les crimes commis dans ce pays. Depuis plusieurs années, des massacres à caractère ethnique contre les Tutsi ont lieu au Rwanda, organisés par les autorités du pays : massacres dans le Mutara en octobre 1990, massacre des Bagogwe de janvier à mars 1991, massacres dans le Bugesera en mars 1992….

Le reportage de France 2 commence par des images de fosses communes, et par ces mots : « Voici la preuve de la purification ethnique et politique érigée en principe par le pouvoir du Rwanda ». Les derniers commentaires sont eux aussi sans ambiguïté : « plusieurs centaines de militaires français détachés au Rwanda assurent un semblant de calme, pendant qu’au loin, dans le secret mal gardé des montagnes, on purifie ».

Jean Carbonare répond aux questions de Bruno Masure : « Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c’est à la fois l’ampleur, la systématisation, l’organisation même, de ces massacres. […] Il y a un mécanisme qui se met en route […] On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] nous insistons beaucoup sur ces mots ». Génocide, le mot est prononcé. Plus d’un an avant le 7 avril 1994.

Or depuis 1990, c’est la France qui soutient à bout de bras le régime rwandais. « Notre pays, qui soutient militairement et financièrement ce système, a une responsabilité. [...] Notre pays peut, s’il le veut, peser sur cette situation ».

Conscient du pouvoir de la France sur le régime rwandais, Jean Carbonare essaie de nous convaincre d’agir, parce qu’il est encore possible d’arrêter cette descente vers l’abîme. « J’insiste beaucoup : nous sommes responsables ! Vous aussi, Monsieur Masure, vous pouvez faire quelque chose, vous devez faire quelque chose…, pour que cette situation change, parce qu’on peut la changer si on veut ! […] On peut faire quelque chose, il faut qu’on fasse quelque chose… ».

Jean Carbonare au JT de France 2 en 1993 IMG/flv/Carbonare28janvier93.flv
Il y a 20 ans... le génocide des Tutsi au Rwanda était en préparation et la France savait

La France savait

Juste après cet appel, Jean Carbonare est reçu à l’Elysée, où il rencontre Bruno Delaye, le conseiller Afrique du Président de la République François Mitterrand. Il lui explique tout ce que cette commission d’enquête a pu voir sur la purification ethnique, les fosses communes, les témoignages reçus par la commission d’enquête de la responsabilité au cœur du pouvoir. La France est au courant des crimes commis par le régime rwandais.

Peu après, le 12 février 1993, Bruno Delaye s’envole pour le Rwanda... pour annoncer le renforcement du soutien militaire de la France à la dictature ethniste de Juvénal Habyarimana, sur la simple décision de François Mitterrand. Pour le président français, le risque de perdre la guerre face au FPR est plus important que le risque de génocide.