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François Hollande et le 19ème anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda

29 mars 2013 par Survie

Le prochain 7 avril sera la première fois que l’actuel Président de la République, François Hollande, aura à vivre en tant que chef de l’Etat la commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda.

Personne ne peut ignorer le rôle de notre pays, et de ses dirigeants de l’époque, dans cette tragédie : pour différentes raisons, ceux qui gouvernaient la France ont soutenu à bout de bras les extrémistes hutu, avant, pendant, et après le génocide.

De nombreux documents et témoignages établissent cette part de notre histoire. Pour qui est de bonne foi et ne cherche pas, par lâcheté, à éviter de se confronter à une réalité difficile à regarder en tant que citoyen français, le tableau de ce qui est connu est inqualifiable (parmi les aspects les plus choquants : livraison de munitions aux tueurs, mise à l’abri de la justice des génocidaires etc. [1]). Alors même que la France avait suffisamment d’ascendant et de moyens de pression sur les extrémistes entre 1990 et 1994 pour leur imposer de renoncer à leur projet criminel lorsque celui-ci se préparait. Mais l’essentiel était de combattre le FPR, le génocide n’étant qu’un à côté sans beaucoup d’importance…

Par ailleurs, il demeure de nombreuses zones d’ombre [2].

Nous, citoyens français, sommes indignés par le rôle qu’ont joué nos autorités politiques à l’époque.

Mais nous sommes également indignés par le refus de l’Etat français, jusqu’à aujourd’hui, de regarder l’Histoire en face et de l’assumer, ainsi que par les mensonges officiels qui sont autant d’injures faites aux victimes du génocide et aux membres de leurs familles encore vivants. C’est également une injure aux citoyens français qui ont le droit de savoir quel a été le rôle exact de chacun des responsables politiques de l’époque. Un responsable politique élu, ou nommé, à un poste institutionnel est au service des Français, et doit rendre des comptes.

Le Président Hollande a fait une déclaration publique sur le massacre d’Algériens en octobre 1961 à Paris. Il a fallu attendre plus de 50 ans pour cette reconnaissance officielle. L’histoire n’oublie pas le silence de plomb de tous les Présidents de la République qui l’ont précédé et qui se sont honteusement tus.

Il est du devoir des responsables politiques et des citoyens de tirer les conséquences de ce scandale qu’a été la politique française au Rwanda dans les années 90. Nos institutions, c’est leur rôle, auraient dû empêcher une telle politique autiste et criminelle menée par quelques décideurs. Mais nos institutions ont échoué : en l’état, elles n’ont pas permis de créer un espace de contre-pouvoir, de débat républicain sur une politique de fait secrète, pas plus qu’elles n’ont permis un contrôle de l’exécutif. Elles doivent être revues à l’aune de ce qui s’est passé au Rwanda.

Nous attendons du Président de la République et de nos responsables politiques :

  1. Qu’ils s’expriment pour dire concrètement, et reconnaître publiquement, quelle a été la politique de la France vis-à-vis des génocidaires rwandais, avant, pendant et après le génocide, pour tout ce qui est déjà établi ;
  2. Qu’ils engagent des démarches pour faire établir la vérité sur les zones d’ombre qui demeurent, notamment en rendant accessibles toutes les archives de l’époque, en levant le secret défense sur les pièces refusées aux juges d’instruction dans les affaires judiciaires en cours, et en appelant publiquement de vos vœux une véritable commission d’enquête parlementaire.
  3. Qu’ils engagent les changements institutionnels qui s’imposent afin qu’une telle politique ne puisse se reproduire, notamment en instaurant un véritable contrôle parlementaire – y compris sur les opérations du COS –, en mettant en place les recommandations de la mission d’information parlementaire de 1998 sur le Rwanda [3], etc.

[1] cf. Le rôle de la France au Rwanda résumé et Eléments nouveaux apparus depuis la Mission d’information parlementaire de 1998 sur le Rwanda

[2] Parmi d’autres question sen suspens : pourquoi un faux certificat de décès du gendarme René Maïer début avril ? Comment une boîte noire de Concorde trafiquée a-t-elle pu être retrouvée par les casques bleus à Kigali en plein génocide sur les lieux du crash ? A quoi ont servi les postes de radio cryptés fournis début mai aux FAR par le général Huchon ? Quelle a été la réponse de Paris aux informations recueillies dès le 27 juin sur les Tutsi pourchassés à Bisesero ? Qui sont ces Blancs évacués du Rwanda par le COS fin juin ? Qui a pris la décision d’exfiltrer les principaux génocidaires ?

[3] La mission d’information de 1998 sur le Rwanda n’a pas poussé assez loin ses investigations, mais les recommandations des députés représentent déjà un début de modifications souhaitables de nos institutions et de leur fonctionnement. Jean-Marc Ayrault – alors président du groupe socialiste de l’Assemblée nationale – avait envoyé un courrier à notre association, en proposant d’évaluer le suivi des conclusions et propositions faites en 1998 par la mission d’information parlementaire sur le Rwanda. Nous attendons cet audit et la mise en place des recommandations des députés.

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