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La lutte contre l’impunité et la banalisation du Génocide

14 août 2006 par Survie

La criminalisation du système françafricain favorise la décomposition des Etats. Le racisme et l’ethnisme deviennent pour certains gouvernements des instruments pour se maintenir au pouvoir. Si bien que cinquante ans après la Shoah, un génocide a eu lieu au Rwanda. Il pourrait être le signal d’une banalisation des logiques qui conduisent aux massacres collectifs planifiés, comme dans l’ex-Yougoslavie ou au Congo-Brazzaville.

1994, Génocide des Tutsi au Rwanda

Juvénal Habyarimana, son populisme hutu et son anti-tutsisme - avatars d’un racisme à la Gobineau - avaient séduit ou fasciné des courants très hétéroclites : nationalistes flamands revivant leur combat contre " l’arrogance wallonne" ; prélats et religieux mal dégagés de la théocratie coloniale, adhérant peu ou prou à un ersatz racial de " théologie de la libération " ; ONG ferventes d’un communautarisme paysan ; républicains ou socialistes français, nostalgiques de la Révolution de 1789 (se dressant, deux siècles plus tard, contre " l’aristocratie tutsi ") ; anthropologues tenants de l’ethnicisme ; géopoliticiens et services de renseignement prônant une alliance " naturelle " de la France avec les " Bantous " contre les " Hamites " centrés sur l’Ouganda anglophone ; dictatures africaines inquiètes de la victoire d’une dissidence ; trafiquants d’armes ou de drogues associés à l’akazu (la " cour " de l’ex-Président rwandais)...

Fort peu de ces soutiens d’un régime en pleine dérive génocidaire ont fait amende honorable, ont cherché à comprendre pourquoi, comment et à partir de quand ils ont fait preuve de complaisance avec l’innommable. Bien au contraire, beaucoup espèrent plus ou moins consciemment que les adversaires du Hutu power commettront des crimes symétriques au génocide des Tutsi, voire y encouragent : cela les " excuserait " d’avoir tant toléré de la part de leurs protégés. Et ils pourraient de nouveau apparaître comme les bons psychiatres d’une folie collective. D’aucuns ont attendu la même chose en ex-Yougoslavie : que des dérapages bosniaques fassent oublier l’épuration ethnique commise par les Serbes. Quand deux Casques bleus français sont tués par des snipers serbes, on va jusqu’à inventer rétroactivement que l’un des deux a été tué par un Bosniaque, pour maintenir une " impartialité ".

Survie engagée sur le terrain de la vérité et de la justice

La réaction de la " communauté internationale " avant, pendant et après le génocide perpétré au Rwanda révèle des brèches dans le rejet de l’abomination. Survie refuse que ce siècle de génocides - Arméniens, Juifs, Tziganes, Rwandais - s’achève en fermant, telle une parenthèse, la revendication : " Plus jamais ça ! ".

Survie se bat pour que la lumière soit faite sur de tels événements, et sur les responsabilités tant africaines que françaises.

Survie a ainsi initié en 2004 une "Commission d’enquête citoyenne" sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Cette Commission a mis au jour les implications françaises (sur les plans politique, militaire, économique et parfois idéologique) et a donné lieu à la publication d’un Rapport ainsi que d’un mémorendum juridique (plus d’informations sur www.enquete-citoyenne-rwanda.org)

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La CEC recueillant un témoignage

Survie lutte pour l’instauration d’une réelle justice internationale, pour le renforcement des organes de vigilance et de sanction face aux logiques génocidaires et aux crimes contre l’humanité. Survie fait ainsi partie de la Coalition française pour la Cour Pénale Internationale (voir www.coalitionfrancaisecpi.org).

Survie accorde une attention particulière à la dénonciation des révisionnismes. Une volonté de gommer la réalité de la Shoah est encore à l’œuvre cinquante ans après la libération du camp d’Auschwitz. De la Bosnie au Rwanda, le négationnisme et l’impunité recommencent à faire des ravages. Les manœuvres françaises pour protéger les coupables rwandais n’ont pas cessé depuis le printemps 1994. L’institution de dispositifs internationaux permanents de veille, d’intervention et de sanction, capables de s’opposer aux organisateurs d’exterminations, devient une priorité absolue pour toute l’humanité.

Ce refus de plus en plus fréquent de disqualifier politiquement les auteurs de crimes contre l’humanité est, pour l’humanité, une tendance suicidaire. Il détruit le socle sur lequel ont été édifiés, depuis cinquante ans, les prémices d’une reconnaissance minimale des droits de la personne. Il est la négation même du politique. C’est pourquoi il est incompatible avec ce qui fonde notre campagne de citoyens - comme avec ce que la France revendique de meilleur, et à quoi nous nous accrochons. Cela passe notamment par une exigence de justice (pour interrompre le cycle de la vengeance) et une attention toute particulière aux pratiques de désinformation.

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