La justice française et le génocide au Rwanda
La question de la complicité française dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, qui a toujours été éludée, revient dans l’actualité, notamment sur le terrain judiciaire, où elle est illustrée par plusieurs affaires.
Pour avoir aspergé, le 28 novembre 2007, Hubert Védrine d’un liquide rouge, rappelant symboliquement la responsabilité qui était la sienne, comme Secrétaire général de l’Elysée, en 1994, des militants du groupe Genocide made in France ont été poursuivis devant la 24e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L’audience du 5 novembre n’a pas permis de désigner l’auteur de ce geste mais une peine de quatre à six mois de prison avec sursis, assortie d’une forte amende a été cependant requise contre une militante. Le tribunal s’est refusé à examiner les motifs de la manifestation et les griefs allégués à l’encontre de Hubert Védrine, qui les a repoussés dédaigneusement.
Le 7 novembre, la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a relaxé Pierre Péan, poursuivi pour incitation à la haine raciale par SOS racisme et par Ibuka, association de rescapés du génocide, qui mettaient en cause plusieurs passages scandaleux de son livre Noires fureurs, Blancs menteurs. Lors du procès, qui s’est déroulé du 23 au 25 septembre, Hubert Védrine et Bernard Debré, ancien ministre de la Coopération ont déposé en faveur de P. Péan et de ses thèses, qui visent à nier l’implication française et à renvoyer dos à dos les génocidaires et leurs victimes. Pour le parquet le délit était bien constitué et une condamnation avait été requise.
Le 9 novembre, Rose Kabuye, ex-officier du Front Patriotique Rwandais, actuellement chargée du protocole à la présidence du Rwanda, l’une des neuf Rwandais visés par le juge Bruguière dans son instruction sur l’attentat du 6 avril 1994 ayant détruit l’avion du président Habyarimana lors de son atterrissage à Kigali, et contre qui des mandats d’arrêts avaient été lancés, a été arrêtée en Allemagne à Francfort. Elle s’est dite prête à rencontrer les juges chargés de cette instruction, qui ont succédé au juge Bruguière.
Ajoutons à cela que le 4 novembre dix officiers supérieurs français ayant participé à l’opération militaire Turquoise au Rwanda en 1994 ont porté plainte à Paris pour « diffamation publique ». Leurs noms figuraient dans la liste des 33 Français, 13 civils et 20 militaires, cités dans le rapport de la commission Mucyo sur l’implication de la France dans le génocide, rendu public au Rwanda le 5 août dernier. Les autorités rwandaises ont dit leur intention de lancer des mandats d’arrêt contre certaines de ces personnes et se préparent par ailleurs à publier les résultats de l’enquête rwandaise sur l’attentat.
Survie déplore l’indulgence du jugement rendu au sujet du livre de Pierre Péan qui, à sa parution, a choqué par sa violence haineuse la majorité des lecteurs. Cette indulgence contraste avec la sévérité des poursuites engagées contre ceux qui manifestent à leur manière pour que les Français prennent conscience de ce que l’Etat français a accompli en leur nom au Rwanda.
Survie rappelle que, conjointement à la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et à la Ligue française des Droits de l’Homme (LDH), elle est partie civile aux côtés de plaignants rwandais dont les plaintes visant des militaires français de l’opération Turquoise pour « complicité de génocide » sont actuellement en cours d’instruction au Tribunal aux Armées de Paris.
Survie souhaite ardemment que les débats judiciaires, mais aussi parlementaires et citoyens, apportent des réponses et dissipent les faux semblants qui tendent à occulter les circonstances de l’histoire du génocide rwandais. Il s’agit de se soumettre aux faits qui sont établis, de faire face à la part de réalité qui nous concerne et d’en tirer courageusement les conséquences une fois pour toutes.
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