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10 octobre 2008. Elisabeth Borrel réclame toujours justice. Article paru sur Forez.info

10 octobre 2008

Article paru sur Forez.info

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" J’aimerai que ça se termine avec l’arrestation des auteurs et une Cour d’Assise et qu’on sache pourquoi il a été assassiné ", espère Elisabeth Borrel.

Elisabeth Borrel réclame toujours justice

Bernard Borrel a achevé sa carrière de magistrat français à Djibouti. Son corps, en partie carbonisé, a été retrouvé au pied d’une falaise un jour d’octobre 1995. Sa veuve, Elisabeth Borrel, était présente ce 10 octobre 2008 au Cinéma Le France à Saint-Etienne. Accompagnée du journaliste Bernard Nicolas, elle répondait à l’invitation de l’antenne locale de l’association "Survie France".

Bernard Nicolas raconte comment il a été amené à couvrir l’affaire : " En 1998, je suis à TF1 et je suis alerté par une journaliste du Figaro. C’était une des rares à l’époque à avoir à peu près réagi et à avoir écrit des articles. Elle m’a incité à me rapprocher de Mme Borrel et de son avocat parisien : Me Olivier Morice. Il m’a mis au courant de ce dossier et j’ai senti tout de suite le parfum attirant, pour un journaliste d’investigation, de l’affaire d’Etat."

Après avoir rencontré la veuve du juge Borrel, ainsi que son 2eme avocat, ils apprennent à la fin de l’année 1999 l’existence d’un témoin en la personne d’un ancien membre de la garde présidentielle djiboutienne, Mohammed Saleh Aloumekani, réfugié en Belgique.

Une équipe de journalistes part recueillir son témoignage qui tend vers l’hypothèse de l’ assassinat, et non du suicide. Le Djiboutien lui raconte la scène à laquelle il prétend avoir assisté. Celle de cinq hommes dont deux terroristes impliqués dans les attentats du Café de Paris (1990) et de l’Historil (1987) qui "déboulent" dans les jardins du Palais de la Présidence le 18 octobre 1995, le jour même de la mort du juge. Mohammed Saleh Aloumekani raconte avoir entendu Awalleh Guelleh Assoweh confier à Ismail Omar Guelleh que «  le juge fouineur est mort » et qu’«  il n’y a plus de trace ». Ismail Omar Guelleh n’est autre que l’actuel président de Djibouti, à l’époque chef de cabinet de son prédécesseur.

Suivent des articles dans la presse et des émissions télévisées dont "Révélations sur un suicide impossible" (2002, Canal +). " On a retrouvé aussi Ali Iftin, le supérieur hiérarchique de Mohammed Saleh Aloumekani, qui s’épanche et raconte qu’il a entendu des menaces contre Bernard Borrel 15 jours avant sa mort " , raconte Bernard Nicolas. " Depuis, il a également fuit le pays pour la Belgique via l’Ethiopie... Bref, j’arrive avec un dossier assez solide et à ce moment là l’affaire prend une autre dimension."

"Le tournant a été d’une part le témoignage de Mohammed Saleh Aloumekani en janvier 2000 (...) mais ce qui va apporter des éléments matériels au juge d’instruction c’est le transport sur les lieux en 2002 et la réalisation de l’autopsie " , poursuit Elisabeth Borrel, elle-même magistrate. Celle-ci conclut à un "suicide peu plausible". D’autres expertises mentionnent des éléments nouveaux : blessures qui, "soit-disant", n’avaient pas été relevées auparavant, des traces de plusieurs produits inflammables... Cette thèse du suicide, la thèse de la justice djiboutienne, a pourtant prévalu officiellement en France jusqu’à l’année dernière. Il y eut, entre-temps, encore moult péripéties géo politico judicaires* et beaucoup de rumeurs auront couru à propos du juge coopérant.

Jusqu’à ce que le Procureur de la République, Jean-Claude Marin, en juin 2007 ne confirme publiquement dans un communiqué que «  les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel ». Une reconnaissance tardive intervenue après qu’Elisabeth Borrel et ses avocats eurent rencontré le président Sarkozy. "Quand le président m’a dit qu’il comprenait qu’une femme et ses enfants aient envie de savoir comment et pourquoi leur mari et leur père était mort, quelque part, c’était la reconnaissance de ce que j’avais fait pendant des années. Après tout ce qu’on a dit sur mon mari et moi, c’est vrai que ça m’a réconcilié [avec mon pays] " , raconte Elisabeth Borrel.

Depuis, l’affaire a souffert d’autres péripéties. Conseillé par son homologue français de l’époque, le président djiboutien avait saisi la Cour internationale de justice (CIJ) sous prétexte que la France n’avait pas respecté ses accords de coopération judiciaire. Le but de la manoeuvre était surtout d’obtenir une copie du dossier français de l’enquête. "L’objectif, commente Elisabeth Borrel, était de faire condamner n’importe qui à Djibouti et donc de faire en sorte de clôturer le dossier en France." La Haye a condamné la France en juin dernier mais n’a pas imposé que le dossier soit transmis aux autorités africaines. Dans cette affaire, des mandats d’arrêt internationaux ont aussi été lancés à l’encontre d’Hamouda Hassan Adouani et Awaleh Guelleh Assoweh. Le second est en fuite. Adouani vit en Tunisie.

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* Voir cette chronologie sur le site du Nouvel Observateur > Chronolog

> Pour en savoir + sur les raisons de l’assassinat, notamment, lire ce long article du nouvelobs (2006)

> "Le juge qui en savait trop"

Écrit par FI

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