Survie

18 juges pour la CPI

(mis en ligne le 1er mars 2003)

Malgré l’hostilité viscérale de Washington, la mise en place de la Cour pénale internationale (CPI) a franchi une nouvelle étape décisive avec l’élection de ses 18 juges. Reste celle, cruciale, du procureur - d’ici le 23 avril.

Déjà les premières plaintes surgissent, qui sans doute en freineront certains. Car l’immunité diplomatique n’existe plus face à la CPI, dès lors qu’il s’agit de crimes commis après le 1er juillet 2002. Ainsi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a-t-elle porté plainte contre le président centrafricain Ange-Félix Patassé. Celui-ci, pour sauver son pouvoir agonisant, a fait appel aux hordes du rebelle congolais Jean-Pierre Bemba, pour lesquelles le crime de guerre est le tarif d’intervention minimum.

Les mêmes milices sont accusées de crimes contre l’humanité dans leur pays, le Congo-Kinshasa, et du coup la carrière d’homme d’État que Bemba croyait acquise par les accords de Pretoria se trouve compromise... Ce ne serait pas une grosse perte pour le Congo-K ni pour la démocratie africaine. Rappelons que ce mobutiste aux financements mafieux et aux troupes si peu recommandables est soutenu par un bout de réseau françafricain : le capitaine Barril le fournirait en armes, et son banquier préféré a longtemps été un ami de Charles Pasqua, le milliardaire irako-luxembourgo-britannique Nadhmi Auchi (cf. Billets n° 92).

Face à l’enjeu central du lancement de la CPI, la France est dans une position paradoxale : d’un côté elle est le plus en pointe des membres permanents du Conseil de sécurité, Jacques Chirac proclame devant ses homologues africains qu’« il est fini, le temps de i’impunité », et il brandit la CPI à propos des escadrons de la mort de Laurent Gbagbo ; de l’autre, il reste l’un des deux seuls chefs d’État, avec le Président colombien, à avoir exigé que son pays soit exempté pour sept ans de toute accusation de crime de guerre, et il accueille pour le sommet France-Afrique une bonne dizaine de criminels contre l’humanité. Il faudra bien un jour sortir de ces contradictions.

Peut-être est-ce pour les souligner que les États adhérents à la CPI ont si mal élu le candidat de la France ? Claude Jorda, qui présida sans démériter le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, n’a été élu que de justesse, en dix-huitième et dernière position...

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
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