Survie

A fleur de presse

À FLEUR DE PRESSE - Françafrique

(mis en ligne le 1er mars 2003)

Le Canard enchaîné, Un juge infréquentable mais bien en cour, 19/02 (Hervé LIFFRAN) :

« Certains magistrats ont bien rigolé en découvrant dans Le Monde que le ministre de la Justice assurait avoir “tout ignoré des agissements” du premier substitut du parquet de Bobigny, Jean-Louis Voirain. Mis en examen pour corruption, trafic d’influence, blanchiment et recel, ce magistrat a été écroué à la demande de la juge Isabelle Prévost-Deprez. Mais ça fait belle lurette que les écarts de Jean-Louis Voirain étaient connus de ses supérieurs hiérarchiques. […] En octobre 1999, un imprimeur soupçonné dans l’affaire de la Mnef avait raconté à deux juges parisiens qu’un de ses complices était protégé, moyennant finance, par le substitut Voirain. […] Voirain avait avoué fréquenter le malfrat et lui fournir consultations juridiques et coups de piston. Le parquet général de Paris confirme que le procès-verbal de cette audition a bien été envoyé au ministère. Mais cet épisode n’a pas nui à la carrière de Voirain. Au contraire. Perben a proposé cet automne sa nomination au poste prestigieux d’avocat général à Paris. Heureusement, le Conseil supérieur de la magistrature […] a mis son veto à cette promotion. Nommé chevalier de la Légion d’honneur sur le contingent de l’Élysée, en janvier 2002, Voirain n’avait que des amis à droite. Secrétaire général du syndicat APM, où se retrouvait la fine fleur des magistrats RPR, Voirain avait participé, en 1999, à une curieuse expédition au Gabon. Une équipe de juristes, dont des proches de Chirac comme les avocats Francis Szpiner et Robert Bourgi, avait fait le voyage à Libreville pour cautionner la réélection du président Omar Bongo. […] Voirain n’hésitait pas à venir au tribunal au volant d’une Mercedes prêtée par des amis pas très fréquentables. »

Si nous citons cette histoire d’impunité ordinaire, “sanctionnée” par une Légion d’honneur sur contingent élyséen, ce n’est pas seulement à cause de l’expédition rocambolesque à Libreville, si caricaturalement françafricaine (cf. Billets n° 66). C’est le parquet de Bobigny qui a classé sans suite le dossier très troublant d’un chirurgien français probablement empoisonné en Guinée Équatoriale, Gérard Desgranges. Pourtant, une autopsie du corps rapatrié, demandée par la famille, évoquait « une intoxication médicamenteuse aiguë » (cf. Billets n° 16 et 24). L’affaire des coopérants assassinés en Guinée équatoriale est, comme on dit, un « dossier chaud ». Refroidi à Bobigny. Notons encore que, prévenu de la perquisition de la juge, Voirain a eu le temps de brûler son agenda et “planter” son disque dur.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
a lire aussi