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A fleur de presse

Congo Brazzaville : À FLEUR DE PRESSE - Françafrique

(mis en ligne le 1er mars 2003)

Les Dépêches de Brazzaville, Quand TotalFinaElf brade l’héritage du Général de Gaulle, 09/02 (Jean-Paul PIGASSE) :

« L’article que l’hebdomadaire français Le Point consacre cette semaine aux démêlés du groupe pétrolier français avec l’État congolais fait apparaître au grand jour l’ampleur d’un différend que les dirigeants de TFE s’efforçaient jusqu’à présent de minimiser, sinon même d’occulter purement et simplement. […] Lorsque la guerre civile a pris fin au Congo le 15 octobre 1997, le président Denis Sassou Nguesso pria le groupe Elf de régler les contentieux nés de la gestion chaotique de l’ancien président Pascal Lissouba dans le domaine pétrolier. Considérant à juste titre que la compagnie française avait encouragé pendant cinq longues années les pratiques criminelles de ce dernier, il demanda réparation des dommages causés à l’économie congolaise. […] Au total, il réclamait pour son pays quelque 500 millions de dollars de dédommagement. […] Les dirigeants d’Elf […], puis de TotalFinaElf […] ont “joué la montre” en faisant durer le plus possible les discussions. Et au moment où un accord était en vue, il y a quelques semaines, ils ont brusquement fait volte-face en présentant des contre-propositions inacceptables. Ce qui a conduit le Conseil des ministres congolais à décider, le 10 janvier, de faire retomber dans le domaine public les permis de recherche en haute mer, puis, le 1er février, à convoquer le Parlement en session extraordinaire pour examiner les demandes du groupe TFE concernant les gisements de Moho, Bilondo et Nsoko. Deux mesures qui indiquent clairement la volonté des autorités congolaises de gérer à l’avenir les ressources pétrolières du pays dans des conditions normales, comme l’exigent les institutions financières internationales.

Si le différend prend aujourd’hui les dimensions d’une affaire d’État, c’est que l’attitude de la compagnie pétrolière menace directement les intérêts stratégiques de la France. Survenant alors qu’Elf s’est montrée incapable de saisir les opportunités s’offrant en Guinée Équatoriale, que les positions de la compagnie au Gabon sont menacées par l’épuisement prévisible des gisements offshore du pays et que les développements de l’affaire Falcone fragilisent sa présence en Angola, la brouille avec le Congo fait peser sur elle la menace d’une éviction prochaine du Golfe de Guinée. Une éviction qui, bien évidemment, ferait peser une menace majeure sur les approvisionnements énergétiques de la France, autrement dit son indépendance. Ce qui se joue dans cette affaire n’est en définitive pas autre chose que l’héritage du Général de Gaulle. Le général de Gaulle qui avait su, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, imprimer à la France l’élan lui permettant de trouver ailleurs dans le monde, en particulier dans le Golfe de Guinée, les ressources pétrolières dont la perte du Sahara la privait. Le général de Gaulle qui doit se retourner dans sa tombe. »

Il est amusant de voir le propagandiste du régime de Brazzaville prendre tellement à cœur les intérêts stratégiques de la France, tout en faisant mine d’honorer le nationalisme ombrageux du Président congolais. Comme nous l’avons expliqué dans nos Salves, il s’agit, sous des dehors grandiloquents, d’un moment de chantage très classique. Ce qui l’est moins, c’est le contexte : il y a un vrai tirage dans la relation Paris-Brazza. L’agacement de Sassou correspond chez certains, à Paris, à un agacement réciproque envers l’ensemble des méthodes sassouistes. S’il ne reste plus à Sassou que le secours des mânes du Général, c’est que le cercle de ses supporteurs et obligés parisiens commence à se rétrécir dangereusement.

La Lettre du Continent, Euphorie dans les sociétés de sécurité, 13/02 : « [Les évacuations de Français de Côte d’Ivoire ont] été du pain bénit pour la poignée de sociétés de sécurité privées françaises qui travaillent sur l’Afrique. La plus “visible”, Geos, [… a pour] figure de proue le général Jean Heinrich, ancien patron de la DRM (Direction du renseignement militaire) […] Également très sollicitée, […] la société Sécurité sans frontières (SSF) [… a pour] directeur des opérations Thierry Pujol, ancien responsable du service action de la DGSE. Selon nos informations, le général à la retraite Pierre Costedoat, ancien directeur des opérations du service action de la DGSE […] et directeur de Saint-Cyr Coëtquidan, va rejoindre SSF comme conseiller du président. […] Consulting Crisis […] bénéficie des conseils d’un ancien patron de la DGSE. »

On ne quitte jamais vraiment la DGSE. Jean Heinrich y a été un haut responsable avant de passer à la DRM. On peut en déduire que les sociétés de sécurité française sont très proches des Services français – comme les américaines sont très proches des Services US et du Pentagone. Le projet de loi contre le mercenariat voté par le Sénat le 6 février, et bientôt par l’Assemblée, ne portera pas atteinte au développement de ces sociétés sensibles.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
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