Survie

Congo Brazzaville : Chantage à Brazzaville

(mis en ligne le 1er mars 2003)

Le Président congolais Denis Sassou Nguesso mijote un mixte de deux colères : une grosse et une feinte. L’affaire des « disparus du Beach », qui prend une ampleur humaine et judiciaire de plus en plus considérable, commence à l’agacer au plus haut point : elle mine sa propagande, elle compromet les voyages en France de plusieurs proches, elle menace à terme la paix de ses vieux jours - sauf à les accrocher au pouvoir.

Avec TotalFinaElf, partenaire d’un quart de siècle, les comptes ne sont jamais clos, mais ils sont toujours pipés : Sassou fait semblant de demander plus pour son pays, en vue d’obtenir davantage sur ses comptes privés. Il existe une grande variété d’alibis techniques et financiers pour parvenir à ce résultat. Mais il faut de la mise en scène.

En l’occurrence, Sassou sait bien qu’Elf a escroqué le Congo-B avec Lissouba. Il lui réclame donc 500 millions de dollars de dédommagement. Mais comme cette négociation de théâtre ne faisait pas assez de bruit, il l’a transformée en farce devant son Parlement : il a soumis à ce dernier deux projets de loi favorables aux comptes d’exploitation du groupe pétrolier français, pour que les députés s’offrent le luxe d’un rejet ostensible ! « La preuve que tout se fait dans la transparence », se réjouit le ministre de la Communication...

C’est bien la première fois qu’une Assemblée aux ordres désobéirait à son maître ! À quoi s’ajoute un contrôle fiscal corsé de TotalFinaElf. Commentaires des médias sassouistes (voir À fleur de presse) : le Président est vraiment en colère, il irait même jusqu’à céder son pétrole aux Américains... Mais un autre message passe en parallèle : étouffez les procédures judiciaires dans l’affaire du Beach. En plus direct à Chirac : « Si je peux manipuler mon Parlement, tu peux bien manœuvrer ta justice. »

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
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