Survie

Côte d’Ivoire : Après-Marcoussis

(mis en ligne le 1er mars 2003) - Survie

Selon le gouvernement ivoirien, les émeutes déclenchées à Abidjan au lendemain de l’accord de Marcoussis venaient de l’annonce, par le leader de la rébellion Guillaume Soro, de l’octroi à celle-ci des ministères de la Défense et de l’Intérieur - une « provocation ».

Mais dès le départ Laurent Gbagbo a brouillé le jeu, cherchant à empêcher ou retarder la constitution d’un gouvernement où il aurait dû négocier avec d’autres des questions aussi sensibles que la nationalité, les listes électorales, les forces de sécurité. Le rééquilibrage du pouvoir convenu à Marcoussis signifiait, semble-t-il, le choix d’un Premier ministre du bord opposé : en l’occurrence Henriette Diabaté, personnalité politique modérée, n° 2 du principal parti d’opposition, le RDR d’Alassane Ouattara. Gbagbo a récusé ce choix. Préférant un Premier ministre plus neutre (Seydou Diarra), il a paru acquiescer à des compensations en termes de répartition des ministères. Mais l’ouverture était un leurre : ceux qui ont cru pouvoir s’y engouffrer ont fourni la « provocation » dont le clan présidentiel avait besoin pour lancer les casseurs.

En réalité, la stratégie de blocage de l’accord était déjà mûrie : taxer d’inconstitutionnalité ses principales dispositions. Or c’est justement la Constitution qui faisait problème, et qu’il était convenu de faire évoluer. S’il parvenait à s’imposer en garant d’une Constitution présidentialiste, Gbagbo gardait de fait tout le pouvoir, annulant ainsi les résultats de Marcoussis...

Les émeutes et manifestations à Abidjan apparaissent programmées et minutieusement organisées. Le pouvoir joue comme d’un organiste des différentes composantes de ses soutiens. La presse fournit les partitions - sur différents registres, du soigné à l’ordurier. Jusqu’au ciblage des opposants, avant le passage éventuel des escadrons de la mort. La manœuvre est “parfaite”, elle paraît maîtrisée. Sauf que le terrain est totalement instable, que le pays et la région peuvent basculer d’un moment à l’autre. Ce qui les retient encore ? L’armée française... placée dans une positon de plus en plus paradoxale.

Peu à peu arrivent les contingents ouest-africains. Le fait qu’ils aient, avec les militaires français, reçu le mandat onusien de faire appliquer Marcoussis a quelque peu changé la donne. Mais plusieurs des acteurs en présence conservent la possibilité de faire sauter la poudrière.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
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